Climat et arboriculture : quel avenir ?

Alors que les conséquences du changement climatique multiplient les incidents sur les cultures, les arboriculteurs s’interrogent sur le devenir de leur profession.

Le climat affecte les cultures de fruits à pépins et à noyau ou encore la vigne : besoins en refroidissement non satisfaits, retardement de la floraison, végétation moins développée modifiant l’équilibre entre végétation et fruits, présence de fruits doubles, branches sans fruits, défauts de coloration, hétérogénéité des calibres, modifications des caractéristiques gustatives, équilibre entre sucre et acidité modifié, rendements altérés, rapprochement des périodes de récolte imposant une réorganisation du travail, prévalence de certains bio-agresseurs… 

Dans le cadre du Fruit 2050, organisé lors du Sival, les intervenants ont discuté de tous les phénomènes qui affectent l’arboriculture. « Au cours des quarante ans passés, le raisin a vu son degré de sucre croître d’une unité tous les dix ans tandis que son acidité baissait dans les mêmes proportions », souligne Inaki Garcia de Cortazar Atauri, ingénieur de recherche à l'unité Agroclim de l’Inrae. Les IGP pourraient même être remises en question. En effet, en Corse, « le cahier des charges de l’IGP prévoit une production de petits calibres, au goût acidulé, caractérisés par un cul vert témoignant de la non utilisation de produits de déverdissage », explique Olivier Paillly, directeur de l’unité expérimentale Inrae citrus en Corse. « Depuis des décennies, on observe une lente érosion de l’acidité et une modification de la dynamique de coloration des fruits, induisant un rétrécissement des périodes optimales de récoltes. Le risque de ne plus répondre aux critères de l’IGP est patent, un scénario qui ne serait pas soutenable sur le plan économique ».

Mais certaines solutions ont déjà été développées par les scientifiques : ils ont exploré les leviers agronomiques destinés à contrarier les effets du climat. Certaines variétés de fruits ont été sélectionnées pour leur capacité à répondre au climat, alors qu’elles avaient été mises de côté par le passé. « Pour une espèce comme l’abricot, la quête de variétés à moindres besoins en refroidissement a pour effet d’accroître le risque d’exposition au gel », prévient Raphaël Martinez, directeur de la Fédération fruits et légumes d'Occitanie. « Ce risque est commun à de nombreuses espèces. Pour espérer déjouer les effets du changement climatique, il nous faut réinvestir dans l’agronomie au sens large et privilégier une approche globale, alors que l’hyper spécialisation a tendance à prévaloir aujourd’hui ».

D’autres techniques sont mises en place comme les biostimulants ou le recours à des filets d’ombrage et aux techniques d’irrigation. « On a développé le goutte à goutte pour optimiser la ressource en eau mais on arrive peut-être aux limites de cette technologie, alors que les besoins en eau sont croissants », relève Raphaël Martinez.

Dans l’exemple de la production de pommes AOP du Limousin, les producteurs s’étaient affranchis de l’irrigation. « Outre l’aspect financier, il y a aussi l’aspect réglementaire à prendre en compte », indique Françoise Besse, présidente de Cooplim (Corrèze). « C’est excessivement compliqué de mener à bien des projets de retenue collinaire dans notre région. On peut aussi faire le choix d’installer des vergers à plus haute altitude mais on s’exposera alors au risque de gel, qui est déjà prégnant à 350 m, notre altitude moyenne actuelle ».

A cela viennent s’ajouter les nombreuses contraintes engendrées par les réglementations : « On nous empêche de créer des retenues d’eau, on nous retire régulièrement des solutions phytosanitaires », dénonce Françoise Besse. « Et je ne vous parle pas du coût du travail, suspendus que nous sommes à des aménagements fiscaux précaires, tels que le TODE ». « Sur le pourtour méditerranéen, très exposé au changement climatique, on nous parle de mettre en place de nouvelles cultures, en rupture des espèces traditionnelles », souligne Raphaël Martinez. « Il s’agit de grenadiers, d’agrumes ou encore d’amandiers. C’est recevable. Mais avec quelles armes en matière de compétitivité ? ».

 


Source : pleinchamp.com


Date de publication:



Receive the daily newsletter in your email for free | Click here


Other news in this sector:


© FreshPlaza.fr 2020

Abonnez-vous à notre lettre d'information quotidienne pour vous tenir informé(e) des dernières actualités!

S'abonner Je me suis déjà inscrit(e)