Le bio est-il possible sans pesticides bio ?

L’agriculture biologique ne se dispense pas de pesticides, mais ceux-ci sont de nature biologique contrairement aux intrants chimiques utilisés dans l’agriculture traditionnelle. Si ce mode d’agriculture se développe de plus en plus, le modèle dominant reste l’usage de pesticides courants : d'après le ministère de l’Agriculture, l’utilisation de pesticides aurait explosé de 24 % en 2018 par rapport à 2017 ; allant ainsi à l’encontre des objectifs prévus par les plans « Ecophyto » du gouvernement.

Les « produits phytosanitaires » représentent un certain danger aussi bien pour l’homme que pour la nature. Plusieurs études scientifiques ont démontré la nocivité du glyphosate, des néonicotinoïdes ou des SDHI, pour n’en citer que quelques-uns.

L’agriculture biologique peut empêcher l'utilisation de ces produits ; il serait possible de nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050 avec 100 % d’agriculture biologique, selon une étude de Nature communications. Néanmoins, les agriculteurs utilisent des pesticides mais d’origine biologique : ces biopesticides – également utilisés en agriculture conventionnelle – sont eux aussi en pleine augmentation. Le ministère notait « Entre 2017 et 2018, la quantité de substance active totale des produits utilisables en agriculture biologique augmente de 30 % ».

Ces produits sont classés en quatre grandes catégories : 

- Les macro-organismes ; c’est à dire l’utilisation d’insectes, de nématodes ou d’acariens pour lutter contre les ravageurs.
- Les micro-organismes : même principe mais avec des bactéries, virus, champignons, etc.
- Le biocontrôle : il s’agit ici de l’utilisation de médiateurs chimiques, comme des phéromones qui vont perturber les odeurs qui attirent les ravageurs vers les plantes.
- Les substances naturelles d’origine animale, végétale ou minérale : de l’huile de colza au soufre en passant par le poivre.

À l’échelle de l’Union européenne, 182 substances actives étaient autorisées en biocontrôle en 2018. Ces biopesticides sont censés éviter les effets délétères pour l’environnement et la santé de leurs homologues synthétiques. En effet, des substances produites par des organismes vivants et déjà présentes dans l’environnement risquent moins de déréguler la faune et la flore. Les molécules produites par les êtres vivants sont dégradables plus rapidement dans l’environnement que des substances synthétiques. Il faut cependant rappeler que l'épandage d'un produit même naturel, à une concentration qui n’existe pas dans la nature, peut bouleverser l’environnement. De plus, ces produits n’étant pas présents naturellement dans l’environnement local traité, peuvent entrer en concurrence avec des espèces locales ou déséquilibrer les échanges du milieu. Il est par exemple question du cuivre, deuxième produit utilisable en bio le plus vendu en 2018 (11 %) derrière le soufre (66 %). C’est un métal lourd qui s’accumule dans les sols et nuit à la terre. Sa dose maximale autorisée a été d’ailleurs abaissée en 2019 par l’Union européenne de 6 à 4 kg par hectare et par an.

Pour Vincent Lucchese de usbeketrica.com, il faut donc avoir conscience que l’agriculture n’est pas un process naturel. L’enjeu n’est donc pas d’avoir un impact nul, mais de le limiter le plus possible. Rappelons que les produits phytopharmaceutiques, bio ou conventionnels, sont soumis aux régulations européennes et procédures d’autorisation de mise sur le marché.

Une plateforme expérimentale de 120 hectares tente de relever le défi du « sans intrants ». Baptisée CA-SYS, elle « cherche à tester une agriculture sans pesticides, ni moyens de biocontrôle. Ou plutôt que le milieu produise lui-même ses auxiliaires de culture », comme l’explique Stéphane Cordeau, chercheur. Les résultats ne sont pas encore disponibles mais « On a des rendements très convenables sur le blé et l’orge. Ça s’est moins bien passé sur la moutarde et le colza, on a eu beaucoup d’insectes », poursuit-il. « Les gens qui expérimentent sans pesticides ni travail du sol arrêtent souvent au bout de trois ou quatre ans. En tant que chercheur, on a le luxe de pouvoir prendre des risques économiques que ne peuvent pas se permettre des agriculteurs. L’idée, c’est aussi de compenser le moindre rendement par l’absence de dépenses de mécanisation, de consommation de fioul et d’intrants chimiques ».

Pour l’instant, il est encore difficile de savoir quelle sera l’agriculture du futur mais l’objectif est de faire mieux avec moins.

 


Source : usbeketrica.com


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