Un rapport du Sénat juge « inatteignable » l'objectif de 15 % d’agriculture bio sur le territoire français en 2022

En 2018, le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert a présenté son plan « ambition bio 2022 » pour 1,1 milliard d'euros visant à convertir 15 % de la surface agricole utile (SAU) au bio d'ici 2022 et à assurer 20 % de produits bio dans les repas servis en restauration collective. Mais voilà qu’un rapport de la Commission des finances du Sénat juge cet objectif « inatteignable ».

Alain Houpert, sénateur LR de la Côte-d’Or ayant dirigé le rapport avec son collègue Yannick Botrel (sénateur PS des Côtes-d’Armor), explique : « Le plan a été lancé à grand concours de communication. Et on constate aujourd'hui qu'on est loin de ses ambitions. On en est à 7,5 % de bio. Et dans les cantines, on en est à 3 % ». Il envisage plutôt la réalisation de cet objectif pour 2026.

Il précise aussi que les conversions ont surtout lieu chez les éleveurs de bovins lait et les viticulteurs. Pour les grandes cultures, « les rendements chutent de façon énorme et les compensations ne suffisent pas ». En fait, 60 % des terres passées au bio sont recouvertes de surfaces fourragères et de prairies permanentes. Seulement 2,7 % des grandes cultures sont exploitées en bio.

De plus, les chiffres avancés par l’Agence Bio, de 2 millions d'hectares cultivés en bio en 2018, contre 1 million d'hectares en 2013, seraient loin d’être fiables selon le rapport. « Les décomptes surfaciques ont été considérés comme si approximatifs par la Commission européenne que la France a dû faire face à des corrections financières d'une ampleur considérable ».

Pour Houpert et son collègue, le modèle économique de l'agriculture bio reposant sur des prix élevés, pouvant atteindre +94 % pour une tomate bio, et l’attente de subventions massives de la part des agriculteurs n’est pas viable : « Si, jusqu'à présent, les surprix des produits bio n'ont pas empêché le dynamisme de la demande, il ne faut pas perdre de vue que le prix demeure un facteur limitatif de l'essor de quantités consommées, ce qui rend incertain la progression de la demande ». Les aides seraient mal distribuées, entre éparpillement et superposition des financeurs comme le FEADER (Fonds européen agricole pour le développement rural), les collectivités territoriales ou encore l’État. Le rapport affirme que les aides sont totalement « décorrélées » du manque à gagner subi par l'agriculteur avec un dédommagement qui fonctionne à l’aveugle.

Les deux sénateurs mettent aussi en avant les problèmes environnementaux liés à certaines pratiques de l’agriculture biologique, comme le labour ou les pesticides alternatifs comme le sulfate de cuivre, qui « présentent parfois des profils toxicologiques et éco-toxicologiques plus défavorables que celui des produits phytopharmaceutiques traditionnels ». Ils estiment qu’ « il n'est pas certain que les gains environnementaux dans les grandes plaines céréalières ou les zones d'élevage du Nord de l'Europe l'emportent sur les coûts de mobilisation des terres destinées à compenser les pertes de production dans les régions du monde où le défrichement gagne quotidiennement ».

Le tout résulte en l’import massif de biens bio (31 % des besoins du pays) venus de pays qui ne respectent pas les mêmes réglementations en matière d'agriculture biologique. Ils préconisent donc d’encourager l'investissement et la protection contre les risques des producteurs bio, développer la recherche dans la substitution aux produits phytosanitaires, simplifier les aides et veiller à l'harmonisation des pratiques, ou encore assurer le suivi des performances sanitaires et environnementales de l'agriculture bio.

Le rapport peut être lu dans son intégralité en cliquant ici.

 

Source : futura-sciences.com


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