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« Pour certains légumes, les marges s'élèvent même à 67 % »

Les prix et marges de la grande distribution et des industriels scruté à la loupe par le Sénat

Les premières auditions de la Commission d'enquête sur les marges des industriels et des distributeurs, ont démarré le 17 décembre. Créée fin octobre à l'initiative de la sénatrice de Paris (écologiste) Antoinette Guhl, la commission devrait achever ses travaux au plus tard le en mai 2026. L'objectif ? Faire la lumière sur une construction des prix très 'opaque' et surtout comprendre l'écart entre la hausse des prix payés par les consommateurs et les prix payés aux agriculteurs trop bas.

© Capture d'écran Sénat Audition des représentants de consommateurs, mercredi 17 décembre 2025 avec Marie-Amandine Stévenin, présidente de l'UFC - Que Choisir, François Carlier, délégué général de CLCV (Consommation, logement et cadre de vie), Nadia Ziane, directrice du service juridique et défense des consommateurs auprès de la Fédération nationale Familles Rurales, et Olivier Dauvers, journaliste spécialiste de la consommation et de la grande distribution

Des marges très élevées sur les produits bruts non transformés

Après avoir dressé un constat sévère sur la politique de marges de la grande distribution, les associations de consommateurs ont détaillé une série de leviers pour rééquilibrer la formation des prix. Pour Marie-Amandine Stévenin (UFC-Que Choisir), la première urgence est celle de la transparence. « La grande distribution applique des marges très faibles sur des produits d'appel ultra-transformés, mais prélève des marges très élevées, de 30 à 40 %, sur d'autres produits, en particulier les produits bruts non transformés », rappelle-t-elle, soulignant une péréquation des marges défavorable aux fruits et légumes, avec, selon l'Observatoire de la formation des prix et des marges, « jusqu'à 40 % de marge sur les fruits frais et 67 % sur certains légumes ». Une situation d'autant plus problématique qu'elle touche directement à des enjeux de santé publique.

Abrogation du SRP+10
Partant de ce constat, l'UFC-Que Choisir demande l'abrogation du SRP+10, jugé inefficace. « Manifestement, il a raté sa cible », tranche Marie-Amandine Stévenin, rappelant que ni les revenus agricoles ni l'accessibilité alimentaire ne se sont améliorés. L'association plaide également pour une analyse fine de la construction des prix et des marges, « catégorie par catégorie », en distinguant produits bruts et transformés ainsi que marques de distributeur et marques nationales, afin de vérifier l'application réelle des lois Égalim et d'objectiver les écarts de marges entre produits sains et produits ultra-transformés.

Affichage du prix payé au producteur
Pour rendre ces mécanismes plus lisibles aux yeux du consommateur, Olivier Dauvers avance une proposition concrète et immédiatement applicable : « Sur quelques marchés symboliques, comme les produits laitiers, où la composante matière première est facile à identifier, il faudrait afficher le prix versé au producteur. » Une mesure qui permettrait, selon le journaliste, de recréer un lien direct entre le prix payé en rayon et la rémunération de l'agriculteur, à l'image de démarches comme C'est Qui Le patron ?!, sans remettre en cause l'équilibre économique des filières.

Cette exigence de lisibilité est également partagée par François Carlier (CLCV), qui se montre favorable à un affichage de la décomposition du prix, à condition qu'il ne soit pas purement symbolique. « Un affichage de la décomposition du prix serait une bonne chose, à condition de le mettre en place sérieusement », insiste-t-il, évoquant le précédent du Nutri-Score, devenu un outil efficace parce qu'il a été largement approprié par les acteurs.

Encadrement des prix et des marges
Enfin, Nadia Ziane (Familles Rurales) défend une approche plus structurelle, fondée sur un encadrement ciblé des prix et des marges. « Quand allons-nous inverser la logique actuelle pour rendre plus accessibles les produits les plus sains, en augmentant les marges sur les produits ultra-transformés ? », interroge-t-elle. La fédération soutient ainsi la sacralisation d'une liste d'environ cent produits essentiels, vendus à prix coûtant. « Encadrer le prix de cent références sur les six mille présentes en supermarché permettrait déjà d'avancer », estime-t-elle, citant des enseignes comme Système U qui recourent déjà à cette pratique. Et de conclure : « Sans encadrement législatif des prix et des marges, nous n'arriverons pas à résoudre le problème. Compter sur la bonne volonté des distributeurs pour obtenir plus de transparence me paraît vain. »

© Capture d'écran Sénat
Audition du jeudi 18 décembre 2025 avec Stéphane Joandel, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), Ronan Collet, producteur de tomates et membre du conseil d'administration de Légumes de France, Mickaël Mazenod, arboriculteur et membre du conseil d'administration de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), et Bruno Darnaud, président de la Gouvernance économique des fruits et légumes (Gefel)

Concentration de la Grande Distribution
Sur la formation des prix et des marges, la filière fruits et légumes a fait le constat amer d'un déséquilibre structurel au détriment des producteurs, aggravé par la concentration de la grande distribution, la volatilité des marchés et une concurrence étrangère jugée déloyale.

« La distribution continue de se concentrer de plus en plus : avant, on parlait de six ou sept distributeurs. Aujourd'hui, il en reste quatre », alerte Bruno Darnaud, président de la Gouvernance économique des fruits et légumes (Gefel). Face à ces acteurs dominants, les producteurs restent extrêmement dépendants : « La grande distribution pèse, selon les produits, plus de 70 %, 75 %, voire 80 % des débouchés ».

Dans un tel contexte, la construction des prix se fait au jour le jour, sans filet de sécurité. Ronan Collet, producteur de tomates et membre du conseil d'administration de Légumes de France, rappelle que « nous sommes le plus souvent sur un marché de gré à gré, au jour le jour, avec très peu de volumes contractualisés ». Une réalité qui rend les lois Égalim largement inadaptées aux fruits et légumes : « La filière légumes est peu concernée, car la contractualisation avec les acheteurs reste très limitée ».

Hausse des coûts de production
À cette fragilité s'ajoute la hausse continue des coûts de production, difficilement répercutée dans les prix. Mickaël Mazenod, arboriculteur et administrateur de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), souligne que « la principale composante de ces coûts reste la main-d'œuvre, qui peut parfois représenter plus de 50 % du coût de production ». Énergie, transport, intrants, mais aussi changement climatique et évolution des pratiques alourdissent encore la facture, dans un contexte où les gains de productivité ont disparu.

Des marges très basses sur les produits importés
La concurrence des importations cristallise les tensions. Bruno Darnaud pointe une asymétrie majeure : « Les distributeurs ne prennent pas ou très peu de marge sur les produits étrangers, qu'ils utilisent comme produits d'appel ». Ces volumes importés, parfois marginaux, suffisent pourtant à fixer un prix de référence qui tire l'ensemble du marché vers le bas. Ronan Collet illustre ce phénomène avec la tomate : « Des tomates d'origine marocaine vendues toute l'année 99 centimes d'euros la petite barquette », un niveau de prix incompatible avec les coûts français.

« Le consommateur ne comprend plus la formation des prix »
Autre sujet central : les promotions permanentes, accusées de brouiller le signal prix. « Un même produit est en promotion durant une semaine, puis affiché trois à quatre fois plus cher la semaine suivante », observe Ronan Collet. « Le consommateur se sent perdu ; il ne comprend plus la formation du prix. Une semaine, il bénéficie d'une promotion ; la suivante, il se trouve face à un prix de fonds de rayon trois ou quatre fois supérieur à celui de la promotion », ajoute Bruno Darnaud.

Pour Mickaël Mazenod, cette mécanique fragilise l'équilibre économique : « La partie "fonds de rayon" est celle qui permet de couvrir les charges annuelles. Or cette part se réduit de plus en plus ».

Renforcer le rôle des OP et AOP
Face à ces constats, les représentants de la filière appellent à renforcer le rôle des OP et des AOP, tout en adaptant le droit de la concurrence. « Nous avons toujours cette épée de Damoclès du droit de la concurrence », déplore Bruno Darnaud, qui plaide pour pouvoir « au moins discuter des stocks et échanger avec la grande distribution », sans être accusé de position dominante.

En filigrane, une inquiétude traverse l'ensemble des échanges : la perte progressive de souveraineté. « La rémunération est en baisse », constate Mickaël Mazenod, rappelant que la diminution des surfaces et du nombre de producteurs est un signal clair. Pour la filière fruits et légumes, l'enjeu est désormais explicite : restaurer un cadre économique lisible et équilibré, condition indispensable à la survie de la production française

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