La serre à tomates de Rosiers-d’Égletons continue de faire polémique

Depuis les premières heures du projet agricole de 8 hectares sur le plateau de Millevaches, à Rosiers-d’Égletons en Corrèze, les critiques n'en finissent plus de fuser sur cette serre géante. Des démarches administratives ont retardé le projet et un incendie criminel sur des engins de chantier est survenu en juin 2019.

Anne Gatet, juriste et membre de l’association « Sources & Rivières du Limousin » déplore la destruction de cette zone à caractère écologique : La zone humide était là… pour nous c’est le pire endroit où on aurait pu mettre quelque chose comme ça. L’Agence française pour la biodiversité l’a dit, le Conseil national pour la protection de la nature a aussi rendu un avis défavorable parce-qu’on a une destruction d’une zone humide qui est particulièrement importante, qui est une tourbière. Ces projets ne sont pas écologiques, ce sont des projets qui détruisent la nature et qui sont à contre-courant de toutes les politiques de protection de l’environnement. »

Construite sur 5 hectares de zone humide et 20 hectares de forêt, la serre abrite 40 000 plants de tomates répartis sur 3,6 hectares. La production devrait dépasser cette année les 1 000 tonnes. 

« Cette zone humide sur laquelle on a construit nos serres était déjà en train de mourir. C’est-à-dire que si le projet ne se faisait pas, en 10 à 20 ans, la zone humide était morte, périclitait de par la pousse d’espèces indigènes », explique Geoffrey Goutoule, l’un des agriculteurs qui porte le projet avec Simon Desbordes et Jacques Faurel. Pour eux, ce modèle va « créer de l’emploi local, n'utiliser ni énergie fossile, ni pesticide et n’impactera pas la ressource en eau ».

Ils ont installé un hydrocondenseur pour chauffer la serre et permettre de transformer la vapeur d’eau en eau chaude. Ainsi, l’eau rentrera à 50 degrés et ressortira à 30 degrés pour repartir vers l’usine d’incinération de Rosiers et la refroidir. « Aujourd’hui, on a un impact positif, car on récupère l’énergie de cette chaleur perdue de l’usine d’incinération et qu’on fera à terme, lorsqu’on arrivera à 8 hectares, économiser à la planète 7152 tonnes de CO2 chaque année, CO2 qui participait au changement climatique », précise Goutoule.

De même pour l’eau, un bassin de 90 000 m3 a été construit pour récupérer l’eau de pluie. Mais pour les protecteurs de l’environnement, il s’agit d’une eau qui n'ira plus dans la zone humide restante, condamnée à disparaître. La loi oblige les promoteurs à compenser cette destruction en investissant dans une autre zone sensible, mais cela n’a pas été réalisé à ce jour. Les associations dénoncent une administration très complaisante à l'égard des promoteurs. « On est sur du projet industriel, qui est placé en face d’une usine d’incinération dans un département qui se dit pays vert, qui veut mettre en avant des appellations d’origine protégée sur ces veaux de lait, et à côté de ça, on nous construit un projet comme celui-là ? », explique Philippe Revel, membre de la confédération paysanne corrézienne.

Les promoteurs se défendent d’avoir reçu trop de subventions publiques : ils auraient touché 574 000 € d'aides sur les 13 millions d'euros du projet. Le terrain aménagé par la commune devra être remboursé intégralement.

 


Source : francetvinfo.fr


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