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Prévisions de récoltes 2020 : Pêches, Pêches plates, Nectarines et Pavies

Alors que le MedFEL a été reporté à l’année prochaine en raison de la pandémie, la synthèse de la récolte européenne de pêches, nectarines et pavies 2019 ainsi que les prévisions de récolte pour 2020 ont été présentées en visioconférence vendredi 22 mai. Présidée par Eric Hostalnou (Chambre d’Agriculture des Pyrénées-Orientales), Georges Kantzios (AOP Veria) s’est exprimé sur la situation en Grèce, Laura Stocchi (CSO Italy) pour l’Italie, Javier Basols (Cooperativas agro Alimentarias) et Sara Ruiz Chacon (Afrucat) pour l’Espagne et Bruno Darnaud (AOP Pêches et Abricots de France) pour la France.

La campagne 2019 n’a pas connu d’accident climatique notable avant le début des récoltes, seuls quelques orages de grêle ont affecté ponctuellement certains bassins de production au mois de Juillet et au mois d’Août.

Avec 3.8 millions de tonnes de pêches, nectarines et pavies, on se situait en 2019 légèrement au-dessus de la moyenne quinquennale et au-dessus de 2018 qui était une année légèrement déficitaire (+ 6 %).


Récoltes 2019

Comme depuis ces dernières années on observe un marché européen à 2 vitesses.

D’un côté un marché « ouvert » très concurrentiel sur lequel Espagnols, Italiens et Grecs s’affrontent pour conquérir des parts de marché à l’export, à coups de promotions, et de l’autre une exception de la production et du marché français qui semble protégé en tout cas partiellement.

Certes la production française a fortement baissé et elle a du mal à couvrir les besoins de son marché national, même en pleine saison, mais cette baisse et le travail réalisé par la filière ont créé une sorte d’équilibre qui permet à la pêche française de bénéficier de niveaux de rémunération en adéquation avec ses coûts de production qui sont nettement supérieurs à ceux de ses voisins et concurrents.

Alors que les arboriculteurs espagnols ont fini dans les rues cet hiver pour manifester contre le niveau de rémunération qu’ils ont reçu, la filière française enchaîne une troisième campagne positive. Et même si à court terme on ne peut pas espérer une réelle croissance du potentiel, on observe un taux de renouvellement du verger français qui atteint 8 % selon l’AOP française alors que dans les même temps l’AOP catalane Afrucat annonce que 2.000 ha ont été arrachés cet hiver dans la région de Lérida.

Malgré des conditions climatiques favorables à la consommation le marché européen a été globalement difficile et tout particulièrement à partir de la mi-août avec une fin de saison très difficile pour tous les bassins de production.

L’hiver 2019/2020 a été marqué par des températures douces voire chaudes dans certaines régions puisqu’on on a enregistré des températures dépassant parfois les 25°C au mois de décembre et au mois de février.

L’espèce pêcher est moins sensible à ce manque de froid hivernal que son cousin l’abricotier et même si certaines variétés présentaient une charge hétérogène et globalement très moyenne le potentiel de production semblait proche de la normale.

Mais au mois de mars, certains bassins de production comme l’Aragon, la Catalogne, la vallée du Rhône et le Nord de l’Italie ont connu des gelées qui ont impacté le potentiel de production.

France : la production devrait se situer 7 % en dessous de celle de 2019 
La production française a approché les 200 000 tonnes en 2019. Ce fut une production française proche de la normale, mais avec une certaine faiblesse due aux aléas climatiques, notamment des orages de grêle dans la vallée du Rhône et également la canicule qui n'a pas permis d'obtenir de bons calibres en début de campagne. Au niveau du marché, les ventes se sont plutôt bien déroulées mis à part ce problème de calibre où il y a eu des difficultés à fournir les distributeurs français en calibres A jusqu'au 15 juillet. Le marché s'est bien tenu jusqu'au 15 août et a été plus compliqué en fin de saison. Mais malgré ces difficultés techniques et une fin de saison difficile, l'année reste positive pour les producteurs français. Pour rappel, la production française est principalement destinée à une consommation nationale puisque les exportations représentent moins de 10 % du marché français.


Evolution de la production en France

Pour cette campagne française, le gel a principalement touché la vallée du Rhône mais les autres bassins de production épargnés par le gel ne font pas le plein. Le manque de froid hivernal a généré un déficit de charge sur certaines variétés et les pluies abondantes du mois de mars et d’avril ont causé des dégâts notamment sur l’épiderme de certaines nectarines.

Avec une prévision de près de 183 000 tonnes de pêches et de nectarines, la production Française devrait se situer 7 % en dessous de la production 2019 et 10 % en dessous de la moyenne 2014/2018.

Italie : une récolte historiquement basse avec une baisse de 28 % par rapport à 2019
L'année dernière, la production de pêches et nectarines s'est caractérisée par de bons volumes, après une année 2018 moins productive. Mais la pluie du mois de mai et la grêle survenue à la mi-juin a endommagé les fruits. En ce qui concerne le marché, il n'a pas été très porteur, surtout la première partie de la campagne. Pendant toute la saison, il y a eu une certaine pression sur les prix, malgré des quantités disponibles sur le marché du frais non excédentaires même lors des pic de production. Les prix au commencement de la campagne ont été en dessous de ceux du début de la campagne 2019 et sont restés les mêmes en fin de campagne.


Evolution de la production en Italie

L’Italie est le pays le plus touché par ces gelées. Toutes les régions ont été touchées mais tout particulièrement l’Emilie Romagne qui prévoit une production 2020 inférieure de près de 80 % à celle de l’année dernière.

Combiné à une réduction des surfaces de production, principalement dans le Nord, l’Italie prévoit en 2020 une production de pêches et nectarines qui passe nettement sous la barre du million de tonnes avec près de 820 000 tonnes soit une récolte historiquement basse et qui n'avait pas été observée depuis plus de 25 ans.

La prévision 2020 en Italie représente une baisse de 28 % par rapport à la production 2019 et de 34 % par rapport à la moyenne 2014/2018.

Même chose pour les pêches pavies avec un peu plus de 50 000 tonnes prévues, soit une baisse de 44 % par rapport à 2019 et de 30 % par rapport à la moyenne.

Grèce : une prévision de récolte 10 % inférieure à 2019
La campagne 2019 en Grèce a été caractérisée par deux périodes distinctes. La première jusqu'à juillet a été difficile à cause des conditions climatiques défavorables. Ce qui a eu comme conséquence une baisse de la qualité des fruits. Toute la campagne s'est déroulée avec des difficultés pour les pêches, alors que pour les nectarines la campagne fut beaucoup plus fluide avec un écoulement des produits et des prix nettement meilleurs que pour les pêches, bien qu'elles aient aussi subi une petite diminution à cause des conditions climatiques.


Evolution de la production en Grèce

Cette année, la Grèce a également subi du gel notamment dans la région de Macédoine qui concentre le gros de la production grecque. Avec une prévision de récolte de pêches et de nectarines d’un peu plus de 300 000 tonnes, on se situe 10 % en dessous de la production 2019 et 3 % au-dessus de la moyenne 2014/2018.

Pour la pavie qui est la « spécialité » de la production grecque, la prévision est de 8 % inférieure à la production 2019 et de 13 % supérieure à la moyenne quinquennale.

Espagne : une récolte de pêches plates prévue à -13 % par rapport à 2019
Au niveau des volumes, la saison 2019 a été correcte. On note une augmentation générale de la production par rapport à 2018. Malgré une bonne qualité durant toute la campagne, le marché a rencontré quelques difficultés. Tout au long de la campagne les prix ont été très bas, en dessous de ce qui était espéré voire même, à un certain moment, en dessous des prix de production. Cette problématique des prix a engendré des difficultés de survie pour le secteur. La production structurellement excédentaire a généré en 2019 pour la première fois des arrachages de plantations. En effet, le secteur a connu plusieurs années difficiles. Avec l'inertie de la production, il y a quand même eu une augmentation des volumes ces dernières années, mais au niveau des plantations une réorientation sur des productions telles que les fruits à coques et notamment l'amande commence à se faire sentir. On peut considérer pour les pêches, nectarines et pavies, qu'il y a une réduction d'environ 4.000 à 5.000 hectares. 


Evolution de la production en Espagne

Cette année 2020, le gel du mois de mars dans le bassin de l’Ebre et de ses affluents et la pluie au mois d'avril dans le Sud (Murcie, Andalousie) ont également affecté la production.

Avec une prévision de 1 114 000 tonnes de pêches, pêches plates et de nectarines, la production espagnole se situe sur les niveaux qu’elle avait atteint en 2018 ce qui représente une baisse de 14 % par rapport à 2019 et de 11 % par rapport à la moyenne 2014/2018.
A noter sur le segment des pêches plates, particularité espagnole, une prévision de 282 000 tonnes soit une baisse de 13 % par rapport à 2019.

Pour les pêches pavies destinées à l’industrie mais aussi au marché du frais en Espagne, on observe une relative stabilité avec -1 % par rapport à 2019 et + 3 % par rapport à la moyenne.

Le marché cette année devrait connaitre un équilibre plus favorable à la production
Tous ces déficits cumulés donnent bien évidemment une prévision européenne à la baisse avec 2.4 millions de pêches, pêches plates et nectarines soit une baisse de 19 % par rapport à 2019 et de 19 % également par rapport à la moyenne quinquennale.

Pour ces sous espèces destinées exclusivement au marché du frais, il faut remonter à 2003 et à 1998 pour observer des niveaux de production aussi bas.

A noter qu’on observe la même situation qu’en abricot, avec là aussi une prévision de déficit record non observée depuis 2003 et 1998.

Pour les pavies, la baisse est plus limitée avec une prévision de
773 000 tonnes soit une baisse de 9 % par rapport à 2019 et une hausse de 4 % par rapport à la moyenne quinquennale.

Le cumul de toutes les sous espèces donne une prévision européenne d’un peu moins de 3.2 millions de tonnes contre 3.8 millions en 2019 et 3.7 millions pour la moyenne 2014/2018.


Les récoltes de pêches et de nectarines n’ont débuté que dans le sud de l’Espagne et beaucoup de choses peuvent encore se passer au niveau climatique aussi bien pour la production que pour la consommation mais à ce jour, compte tenu des volumes prévus, tout laisse à penser que le marché cette année devrait connaitre un équilibre plus favorable à la production et éviter les crises des dernières années.

Mais un paramètre nouveau est apparu avec la crise sanitaire du Covid-19.

Cette crise inquiète d’abord la production qui s’emploie à lever les barrières aux frontières pour faire rentrer les ouvriers saisonniers étrangers qui assurent habituellement les récoltes.
Mais elle inquiète également toute la filière quant à la consommation et au comportement des consommateurs en fonction de l’évolution de la pandémie et d’une éventuelle deuxième vague ou d’un reconfinement.

Globalement, hormis quelques problèmes de réorganisation des flux commerciaux au début du confinement, et sauf quelques exceptions (pomme de terre, salade 4ème gamme...), la situation sur les marchés des fruits et légumes a plutôt été correcte depuis l’apparition de cette crise et ce secteur n’est pas parmi les plus impactés par la crise.

Il y aura toutefois de grands changements par rapport aux années passées notamment au niveau des vacances d’été avec des frontières aujourd’hui fermées, des limitations de distance pour certains déplacements... ce qui va modifier la répartition des populations à l’échelle européenne cet été avec sans doute une transhumance Nord Sud moins marquée qu’à l’accoutumée. Le secteur alimentaire en général devra s’adapter à ce contexte inédit.

Mais espérons surtout que les prévisions les plus pessimistes quant à l’évolution de la pandémie soient erronées et que l’été permette un retour presque à la normale avec en bonus un effet collatéral positif sur le marché des fruits d’été.


Evolution de la production européenne de pêches, nectarines et pavies depuis 1992

Europêch’ remercie toutes les personnes qui se sont associées à l’élaboration de ces prévisions de récolte Pêches et Nectarines 2020 :

Grèce :
Georges Kantzios (AOP Veria)
Evangelos Karaindros (Coopérative Venus)

Espagne :
Patricia de Almandoz Fraile (Cooperativas agro Alimentarias)
Sara Ruiz Chacon (Afrucat)

Italie :
Elisa Macchi, Laura Stocchi, Tomas Bosi (CSO Italy)

France :
Laurent Bernadette (SCEES, Agreste)
Et les services statistiques des DRAF Occitanie, PACA, et AURA
Marie Josée Etienne et Raphaël Martinez (AOP Pêches et Abricots de France)

 


Date de publication:
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