Frédéric Champion, Pomleg :

« Les gens vont peu à peu reprendre leurs habitudes de consommation »

Depuis le déconfinement, les marchés de plein vent ont peu à peu rouvert, avec néanmoins des aménagements liés à la crise sanitaire : « Tout rentre gentiment dans l’ordre. Les marchés rouvrent, avec ce phénomène de distanciation physique nécessaire mais qui ne favorise pas le dynamisme sur les marchés. En effet, le principe d’un marché de plein vent est d’amener une grande quantité de personnes à un endroit, de les séduire par la mise en avant de produits et d’ainsi créer une émulation. Lorsque l’on disperse les gens, l’émulation n’est plus la même. Il va vraiment falloir du temps pour que les choses rentrent véritablement dans l’ordre. Quant à notre activité en tant que grossiste sur le MIN de Rungis, elle redevient peu à peu normale », explique Frédéric Champion de la société Pomleg.


Frédéric Champion
 
« Si les commerçants gardent 10 % de cette nouvelle clientèle, ils auront déjà fait une énorme avancée »
Malgré les changements notables des tendances de consommation qui se sont établis lors de cette situation hors-norme, Frédéric émet un doute quant à la pérennisation de ces nouvelles habitudes : « Je ne pense pas que ces changements se figent dans le temps, maintenant que la situation rentre à peu près dans l’ordre. L’être humain par principe, aime sa routine. S’il en est dévié, il a tendance à y revenir très vite. Mais effectivement, l’avantage c’est que cette période a mis en avant les marchands de primeur dans certains quartiers. Parmi les habitants de gros complexes immobiliers, beaucoup ignoraient alors la présence de petits commerçants en bas de leur immeuble. Et sur la quantité de personnes qui les ont découvert pendant le confinement, si les commerçants gardent 10 % de cette nouvelle clientèle, ils auront déjà fait une énorme avancée ».
 
« De la même manière, nos clients qui faisaient les marchés n’attendaient qu’une chose :  reprendre leur activité telle qu’ils savent le faire. Car la livraison à domicile pendant ces 2,5 mois a été éreintante, et ce n’est pas leur activité à l’origine. A moins qu’il y ait une demande de la part de leur clientèle, mais c’est encore trop tôt pour le dire ».
 
« Je pense que la livraison à domicile n’a pas un grand avenir dans l’immédiat »
Bien que Frédéric souligne que l’aspect rentabilité sur cette période n’a pas été négligeable, les responsabilités, le stress et la charge de travail ont été absolument colossaux. « Il faut bien comprendre que les gens n’avaient plus que la nourriture comme divertissement. Des émissions quotidiennes comme celles de Cyril Lignac, proposant chaque jour un nouveau plat, a à mon avis sauvé un certain nombre de personnes de la dépression. Les gens ont cuisiné certes, mais parce qu’ils y étaient contraints et forcés. Aujourd’hui, ils peuvent retourner dans la rue et s’adonner à d’autres centres d’intérêt sans être obligés de rester cantonnés à la maison. Cuisiner est une activité qui prend du temps. Et même si certaines choses vont rester, le quotidien risque de vite rattraper les consommateurs qui se détourneront alors naturellement de cette activité chronophage. Du coup, je pense que la livraison à domicile n’a pas vraiment matière à avoir un grand avenir dans l’immédiat tout du moins. »
 
« Pendant le confinement, les gens étaient prêts à payer plus cher, mais plus maintenant »
Si les consommateurs étaient prêts à payer plus cher leurs produits frais, il semble aujourd’hui que la donne ait changé : « Dans les secteurs de production, les fournisseurs ont bien senti qu’il y avait une augmentation de la demande et nos prix d’achat en ont été impactés. Payant alors les produits plus chers, nous avons dû répercuter cette augmentation sur nos prix de vente. Mais les consommateurs se sont adaptés, n’ayant plus que la cuisine comme activité lucrative. Or aujourd’hui, les premières réflexions fusent : les produits sont chers. Alors, même si une petite partie privilégiée de la population trouvera sympa de continuer à faire vivre les petits commerçants via la livraison à domicile bien que cela implique un budget supérieur, beaucoup iront là où les produits sont les plus abordables ».
 
Pour plus d’informations : 
Frédéric Champion 
Pomleg 
6 Rue de Montpellier 
94550 Rungis Complexe, France 
Cell. : +33 6 69 55 58 35 
contact.pomleg@gmail.com  


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