La fragilité du système agricole dévoilée par la crise de la betterave

En pleine crise, la filière betterave vient de connaître un rebondissement avec la réintroduction « temporaire et très encadrée » des néonicotinoïdes. En effet, le gouvernement a décidé d’autoriser leur usage dans les exploitations afin de lutter contre la jaunisse virale qui s’abat actuellement sur le pays. La région Centre-Val de Loire, avec plus de 30 000 hectares de cultures de betteraves, dont près de 20 000 dans le Loiret, est particulièrement touchée.

Cette décision de l'Autorité européenne de sécurité des aliments a accentuée la dichotomie entre la filière classique et celle bio. Du côté des syndicats comme la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, la mesure a été célébrée, alors que les agriculteurs bio et les écologistes ont quant à eux exprimé leur mécontentement. A noter que les néonicotinoïdes sont particulièrement nuisibles aux pollinisateurs.

Certaines associations, comme « Nous voulons des coquelicots », n’ont pas hésité à critiquer le choix du gouvernement en affirmant que les parcelles bio n’avaient pas été touchées par les ravageurs. Propos finalement démentis par plusieurs agriculteurs bio.

Certains agriculteurs précisent cependant que s’ils n’ont pas échappé à la jaunisse virale, le fait de cultiver en bio leur a permis de limiter les dégâts, notamment grâce à des insectes « auxiliaires » comme la larve de la coccinelle ou certaines espèces de guêpes qui ont défendu les plants contre les « ravageurs ».

Pour Romain Lhopiteau, agriculteur à Néron, en Eure-et-Loir, le problème est lié au réchauffement climatique qui favorise la multiplication précoce des pucerons transmettant la jaunisse, bien avant le réveil de leurs prédateurs naturels. Selon les scientifiques, entre un tiers et la moitié des espèces d'insectes serait en voie d’extinction, ouvrant ainsi la voie à des ravageurs.

Le président de la FDSEA du Cher, Arnaud Lespagnol, a indiqué que d'autres cultures sont plus touchées par les ravageurs que la filière classique : « Des productions biologiques de pois, lentilles après des invasions de pucerons ont été détruites en Centre-Val de Loire », indique-t-il. « Les producteurs ont remplacé ces productions par du soja, maïs ou sorgho. »

Mais pour Pierre Houdmon, responsable régional de l'Institut technique de la betterave (ITB), cet affrontement n’est pas pertinent : « Opposer les filières comme on le fait aujourd’hui est une grave erreur : le bio s’en sort si le conventionnel s’en sort », s’exclame-t-il. La crise est aussi grave dans le bio que dans la filière traditionnelle, même si des semis tardifs sont un peu moins touchés grâce à l'arrivée des auxiliaires. « Les pucerons ne choisissent pas à quel type de cultures ils s’attaquent, et il suffit d'une morsure pour transmettre la virose ».

Pour l’instant aucune solution efficace ne permet de remplacer les néonicotinoïdes. D'autres pistes sont néanmoins explorées, comme la création de biodiversité grâce à des haies, des bosquets et des couverts végétaux. La piste des recherches génétiques est aussi étudiée afin de créer des variétés résistantes.

 


Source : francetvinfo.fr


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