Des petites bêtes chez Savéol

Avec 120 serres dans le Finistère, la coopérative Savéol a choisi de faire appel à des insectes afin de réduire l'utilisation de produits phytosanitaires pour protéger ses cultures.

Dans la ferme de l'Elorn, à Plougastel-Daoulas (Finistère), poussent sur 3,5 hectares des tomates anciennes et nouvelles. Sur ces plantes, on peut apercevoir des petits insectes d'un vert translucide : « Ce sont mes macrolophus », indique Ronan Saliou. « Ce sont des punaises polyphages ». Il s’agit d’ « insectes auxiliaires, ils me permettent de protéger mes tomates des insectes parasites ». 

Cette initiative prend ses origines il y a trente ans, lorsqu’en 1983 la coopérative souhaite réduire le recours aux produits phytosanitaires alors utilisés pour se protéger des insectes invasifs, colporteurs de maladies. Connue des agriculteurs depuis le 19ème siècle, mais remplacée au milieu du 20ème siècle, avec l'émergence de la chimie organique, cette technique remplace les pesticides. Un producteur prête une de ses parcelles afin de faire l’essai de cette méthode de culture. « On a vu que cela pouvait se faire et que les producteurs étaient prêts », raconte Ronan Saliou. « En 1988, la coopérative a décidé d'implanter un véritable site consacré à ce procédé ». C'est la naissance de la ferme aux insectes Savéol de Guipavas.

Au fil des ans, le site s’est agrandi, les techniques se sont perfectionnées et l'élevage se fait sur un mode intensif. « Le tournant a eu lieu dans les années 2000 », rapporte Roselyne Barriou, responsable élevage de la ferme. « Savéol a décidé de changer de dimension stratégique en investissant 2 millions d'euros pour produire d'autres insectes et agrandir les surfaces d’élevage ».

Des visites sont organisées sur le site : « Depuis cinq ans, la ferme organise des visites d'entreprise dans le cadre du programme CCI (Chambres de commerce et d’industrie) », indique Roselyne Barriou. Dans deux vastes salles s’agglutinent des plants de tabac, d’une variété sans nicotine. Ceux-ci « servent à élever les deux sortes d'insectes auxiliaires qu'on produit ici : le macrolophus et l'encarsia, une variété de guêpes minuscules. L'avantage du tabac est qu'il est facile à cultiver et n'attrape pas de maladies ».

« On introduit les ravageurs, ceux que nos insectes auxiliaires devront combattre et qu'on appelle aleurodes, ou mouches blanches. La mouche blanche, c'est la terreur des cultivateurs de tomates. Les larves viennent se coller sur les vaisseaux actifs des feuilles et pompent le sucre de la plante. Elles peuvent également transmettre des phytovirus ». Après trois semaines, « on introduit des encarsias, qui ont besoin d'un hôte pour se développer. Les femelles de ces microguêpes, qui peuvent pondre 50 à 100 œufs, les déposent individuellement dans les larves. Après trois ou quatre semaines, la larve devient noire et une encarsia adulte émerge. Une partie sera destinée aux cultivateurs, les autres utilisées pour se reproduire. » Enfin, c'est au tour des punaises macrolophus : « C'est le best-seller des insectes auxiliaires. Le processus de développement est long (6 semaines d'incubation sont nécessaires pour obtenir un macrolophus adulte), mais eux, ils mangent tout, même leurs congénères. »

La biologie des insectes nécessite un équilibre délicat. « Il faut contrôler les populations et faire en sorte que le macroplophus ne manque pas de nourriture. S'ils sont trop nombreux, ils commencent à se manger entre eux et attaquer les cultures, ce qui est évidemment le contraire de l'effet escompté ». Une fois que les insectes sont arrivés à maturité, ils sont livrés aux agriculteurs qui les disposent sur les plantes. Avec 15 millions d'insectes distribués chaque année et 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires, la ferme aux insectes de Savéol n’est pas la plus importante du secteur. « Nos concurrents sont belges ou hollandais, comme par exemple Biobest ». Cette entreprise belge est présente dans 70 pays, et a réalisé un chiffre d'affaires de 61,8 millions d'euros en 2019.

Durant la récolte, 35 personnes sont mobilisées à temps plein sur l’exploitation. « La technique nécessite de nommer des employés référents chargés de surveiller les populations d'insectes, la santé des plantes, l'apparition de maladies. Il a fallu les former. Les saisonniers sont également mis à contribution. Une courte formation est nécessaire pour leur apprendre à repérer les signes avant-coureurs, car il est indispensable de détecter les nuisibles le plus tôt possible pour que la technique soit efficace. La clef de la réussite, c'est l'implication de tout le monde, on ne peut pas réussir sans ».

Plusieurs cultures sont soumises à ces petits insectes des tomates en passant par la fraise, même si pour cette dernière l’usage reste encore restreint.

 


Source : usinenouvelle.com


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