Des marges excessives dans la grande distribution ? C'est ce que dénoncent foodwatch, Familles Rurales, l’UFC-Que Choisir et la CLCV qui ont décidé d'interpeller le Gouvernement fin novembre. Les quatre associations de consommateurs évoquent un « scandale du système à deux vitesses qui se cache derrière la flambée des prix alimentaires » car « les deux tiers de l'inflation alimentaire » trouveraient selon elles, « leur origine dans des profits excessifs ».

Des bénéfices importants sur le rayon fruits et légumes ?
Au micro de France Info le 29 novembre, Nadia Ziane, directrice du département consommation de l'association Familles Rurales explique « On se rend compte que la grande distribution fait des bénéfices importants sur le rayon fruits et légumes, 247 millions d'euros en 2021, et qu'elle comble le déficit d'autres rayons comme celui de la pâtisserie avec les bénéficies réalisés sur le rayons fruits et légumes ».

« Aggravée par une inflation de plus de 20 % en 2 ans sur les produits alimentaires, la précarité alimentaire frappe de plein fouet des millions de personnes et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Face à la flambée des prix, près d’un Français sur trois (29 %) déclare devoir sauter un repas par manque d’argent et 43 % (55 % en milieu rural) affirment avoir déjà renoncé à acheter des aliments et produits alimentaires, faute de moyens », selon une étude de Familles Rurales de juin 2023, qui révèle dans son Observatoire des prix des fruits et légumes de 2023 une augmentation des prix de 16 % de leur panier conventionnel composé de 19 fruits et de légumes en un an, soit 3,5 fois plus que l’inflation générale.

Pour le président de l'ANIA (Association nationale des industries alimentaires) interrogé sur France Info « il n'y a pas de profits excessifs » de la part de la Grande Distribution qui subirait elle aussi l'inflation ainsi que des baisses de volumes et de CA. Il rappelle que les prix des matières premières agricoles ont augmenté depuis 2020, tout comme l'énergie et les emballages.

Qu'en pense les professionnels de la filière fruits et légumes ?
Le sujet divise. Si certains dénoncent depuis plusieurs années ces pratiques, avec des actions en magasins, pour d'autres (interrogés la semaine dernière), croire que la GMS réalise des marges aussi importantes sur ce rayon est peu probable. « Evidemment le problème des marges de la grande distribution n'est pas nouveau et tout dépend de quelle catégorie de produit il est question. Mais il faut apporter quelques nuances car si la GMS peut réaliser des bénéfices aussi importants sur certains rayons, pour ce qui est des fruits et légumes, qui sont des produits d'appel, c'est peu envisageable. Les produits comme la pomme de terre ou encore la carotte par exemple sont des fondamentaux que les distributeurs sont obligés de proposer en rayon et ce ne sont pas avec ces références là que les enseignes peuvent marger. Sur des fruits spécifiques comme des exotiques par exemple ou des produits porteurs d'une IGP, il est possible de réaliser des marges un peu plus importantes, ou pendant certaines périodes de l'année. »

Que demandent les associations ?
Parmi les demandes formulées au gouvernement, les associations demandent :
- une « transparence totale et immédiate sur les marges nettes par produits réalisées par les géants de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution » car rendre « les marges publiques découragerait les abus ».
- une limitation des marges excessives en les règlementant. « Des mesures concrètes pour rendre impossibles les marges excessives sur les produits alimentaires essentiels, sains et durables, tant par les industriels que par la grande distribution - à commencer par ceux recommandés par le Programme National Nutrition Santé (PNNS), comme les produits bruts, les fruits et légumes, les légumineuses et les produits céréaliers, notamment issus de culture bio ».