Une soixantaine d'agriculteurs bloquent l'aéroport international d'Ostende depuis lundi matin. Les activistes sont membres de l'Association générale des agriculteurs (ABS) de Flandre occidentale. Leur protestation vise l'accord UE-Mercosur, qui a été approuvé par la plupart des États membres de l'UE et doit encore être approuvé ou désapprouvé par le Parlement européen dans le courant de l'année.
Alain Tulpin, du groupe Tulpin, spécialisé dans le transport aérien de fruits et légumes et notamment de fraises égyptiennes via l'aéroport d'Ostende, les a rencontrés hier après-midi. « Ils ont finalement opté pour un blocage filtré, permettant à cinq de nos camions frigorifiques transportant des fraises égyptiennes de partir vers 14 h. »
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Bruno Vincent, président de l'ABS, avec Alain Tulpin, PDG du groupe Tulpin
Concurrence déloyale
Les agriculteurs belges ne s'opposent pas à l'importation de certains produits en provenance des pays du Mercosur, tels que le raisin, les mangues et les melons. En revanche, ils sont très préoccupés par des produits tels que la viande, le sucre et les céréales/soja. « Dans des pays comme le Brésil, par exemple, le sucre peut être produit beaucoup moins cher que par les agriculteurs européens. »
Le bœuf belge provient de la race blanche-bleue belge, qui se caractérise par une forte proportion de viande maigre de qualité. Cette caractéristique contraste avec la viande du Mercosur, dont la teneur en graisse est généralement beaucoup plus élevée. Les agriculteurs belges craignent que cette viande du Mercosur de moindre qualité soit vendue sur le marché européen à un prix inférieur, en particulier dans l'industrie de transformation de la viande. En outre, les céréales et le soja sont cultivés dans les pays du Mercosur à l'aide de plusieurs traitements au glyphosate, qui ne sont plus autorisés en Europe. Cela permet de produire des céréales et du soja à des prix nettement inférieurs dans ces pays.
« Les agriculteurs belges s'opposent à cette inégalité de traitement, où les exploitations belges, pour la plupart des exploitations familiales d'environ 30 hectares, doivent rivaliser avec les grandes exploitations du Mercosur qui couvrent des milliers d'hectares. Selon eux, il s'agit d'une concurrence déloyale qui rend difficile la survie des agriculteurs belges aux bas prix du Mercosur. Selon les agriculteurs, il est particulièrement regrettable que les politiciens régionaux, belges et européens attachent plus d'importance aux avantages que l'accord UE-Mercosur offre à l'industrie automobile et chimique européenne qu'aux effets négatifs sur l'agriculture belge. C'est la raison pour laquelle l'accord est cyniquement appelé 'l'accord voiture contre vaches'. »
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Par ailleurs, les agriculteurs reçoivent beaucoup de sympathie et de soutien de la part de la population, qui semble de moins en moins consciente de l'origine des aliments qu'elle consomme. « Toutefois, à ce jour, aucun homme politique ne s'est joint au blocus pour écouter les préoccupations des agriculteurs ou y donner suite. Par conséquent, le blocus se poursuit sans relâche. »
Responsabilité politique
Depuis le début de la manifestation lundi, les passagers peuvent circuler librement à l'aéroport d'Ostende, mais aucune marchandise ne peut entrer ou sortir de l'aéroport. Le directeur général de l'aéroport d'Ostende, Nathan De Valck, était en discussion avec les représentants du Syndicat général des agriculteurs depuis le début du blocus afin d'obtenir le libre passage pour les denrées périssables.
« Mardi matin, De Valck et moi-même nous sommes entretenus avec les agriculteurs et leurs représentants. À ce moment-là, 22 remorques réfrigérées transportant des fraises égyptiennes destinées au Royaume-Uni étaient bloquées à l'aéroport d'Ostende, qui n'accueille d'ailleurs pas de vols en provenance des pays du Mercosur. J'ai écouté attentivement les préoccupations des agriculteurs et de leurs représentants et j'ai expliqué que la plupart des fraises égyptiennes sont cultivées par des exploitations familiales et de jeunes producteurs, et qu'elles sont principalement destinées au marché britannique. J'ai également indiqué que je partageais le point de vue des agriculteurs concernant l'accord UE-Mercosur et que je soutenais leur appel à une plus grande responsabilité politique concernant cet accord. »
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Les premiers camions ont été autorisés à partir
« Dans le même temps, j'ai tenu à souligner l'importance de la solidarité entre les agriculteurs, les producteurs égyptiens ne devant pas non plus perdre leurs récoltes. Après tout, l'Égypte produit des fraises de fin novembre à fin février, exactement dans la période entre la fin de la saison belge et son redémarrage au début du mois d'avril. »
Solidarité
« Après de longues négociations, les agriculteurs du Syndicat général des agriculteurs ont reconnu l'importance de la solidarité entre les exploitations familiales. Ils ont décidé de transformer le blocus total en un blocus filtré, permettant aux camions frigorifiques transportant des fraises égyptiennes de partir par petits groupes. Vers 14 h, les cinq premiers camions ont quitté l'aéroport d'Ostende en direction de l'Angleterre, en présence de la télévision et de la presse écrite. »
« Nathan Valck, de l'aéroport d'Ostende, et moi-même tenons donc à remercier les agriculteurs et les représentants du Syndicat général des agriculteurs pour ce geste aimable, qui privilégie la solidarité entre agriculteurs et permet aux fraises d'arriver finalement à destination en bon état. » Le blocus ne sera pour l'instant pas levé et se poursuivra en respectant le départ des cargaisons de fruits et légumes débarquées.
Pour plus d'informations :
Alain Tulpin
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