Le marché mondial de la poire entre dans une phase de transition, alors que l'hémisphère nord approche de la fin de sa saison de stockage et que les exportations de l'hémisphère sud montent en puissance. Sur les principaux marchés, les échanges sont de plus en plus marqués par une segmentation qualitative accrue, des comportements d'achat plus sélectifs et une disponibilité progressivement plus limitée des fruits à longue conservation. Si l'offre globale demeure suffisante dans la plupart des régions, les structures tarifaires se différencient davantage à mesure que la campagne avance.
En Europe, les stocks se resserrent graduellement. La qualité joue désormais un rôle central dans la formation des prix et l'orientation des flux commerciaux. La Belgique observe un regain de dynamisme après un début de saison plus hésitant. Aux Pays-Bas et en Allemagne, les marchés restent globalement équilibrés, mais prudents, avec une distinction nette entre les volumes destinés à une commercialisation rapide et les lots pouvant être conservés plus longtemps. En Italie, le recul de la production nationale continue de soutenir la fermeté des prix de gros, malgré la présence d'importations concurrentes sur certains segments.
© Viola van den Hoven-Katsman | FreshPlaza.fr
Hors Europe, l'Amérique du Nord bénéficie d'une récolte domestique satisfaisante, favorisant des conditions promotionnelles dynamiques en distribution et des niveaux de prix inférieurs à ceux de l'an dernier. Dans l'hémisphère sud, l'Argentine et le Chili font face à une contraction de l'offre liée aux conditions climatiques, tandis que les expéditions sud-africaines devraient enregistrer un léger recul. Dans ce contexte, le resserrement des disponibilités au sud contribue à une relative stabilité des échanges mondiaux, alors que les programmes d'importation s'apprêtent à entrer dans la phase suivante de la saison.
Belgique : reprise du commerce et stabilisation des prix
Après une première partie de campagne compliquée, le marché belge de la poire montre des signes clairs de redressement. Les volumes de moindre qualité ont largement été écoulés et la demande se révèle actuellement soutenue. Les variétés Lukassen et Doyenné du Comice ont particulièrement bien performé ; leurs disponibilités sont désormais quasiment épuisées, possiblement en raison d'importants volumes exportés vers la Pologne et l'Europe de l'Est peu après la récolte.
La Conférence s'écoule également dans de bonnes conditions, même si les taux de tri demeurent supérieurs à ceux observés les années précédentes. La sécheresse et l'étalement des périodes de cueillette ont entraîné une hétérogénéité qualitative, limitant les volumes effectivement commercialisables en sortie de stockage.
Malgré cette amélioration du climat commercial, les prix semblent, à ce stade, avoir atteint un palier. L'évolution des mois d'avril et de mai dépendra essentiellement des volumes encore disponibles et de la stratégie de mise en marché des producteurs. En Belgique, la commercialisation intervient généralement relativement tôt afin de limiter les risques qualitatifs en fin de saison. Les niveaux actuels couvrent les prix de cueillette et les frais de stockage, mais la capacité du marché à absorber l'intégralité de ces coûts sur la durée reste incertaine.
Sur le segment biologique, la transition vers les origines d'outre-mer s'opère progressivement, les derniers volumes européens étant en cours d'expédition. En début de campagne, les ventes de Conférence bio ont été relativement lentes avant de s'accélérer, un schéma désormais récurrent. La consommation reste traditionnellement plus modérée en début de saison, avant de se renforcer à l'approche de l'hiver, des fêtes et de la période d'exportation. Il est rare que le marché atteigne immédiatement son rythme de croisière.
Italie : recul de la production et prix de gros fermes
En 2025, la production italienne de poires accuse un recul de 30 % par rapport à l'an dernier. Dans ce contexte de disponibilités limitées, la concurrence des produits importés reste marquée. Malgré cela, un important opérateur du nord de l'Italie indique que l'offre nationale devrait rester présente jusqu'à la fin avril.
L'Abate Fetel, variété emblématique du pays, domine actuellement le marché, aux côtés de la Kaiser et de la Conférence. Toutefois, les niveaux de prix ne permettent pas toujours de compenser les pertes de rendement subies par les producteurs.
La Williams mérite une attention particulière. L'an dernier, elle a été la seule variété à afficher des volumes satisfaisants, sans baisse significative. Les cours sont restés soutenus tout au long de la campagne, assurant une rentabilité correcte aux producteurs. Les disponibilités italiennes sont toutefois désormais presque épuisées ; selon l'opérateur interrogé, les derniers lots seront commercialisés dans les premiers jours de mars.
Au cours de la semaine 9, les cours de gros ont affiché des disparités selon les places de marché. À Vérone, les niveaux se situaient dans le bas de la fourchette, avec la Doyenné du Comice néerlandaise autour de 1,95 € et la Williams entre 1,65 € et 1,90 €, selon l'origine et le calibre.
Turin enregistrait des moyennes plus élevées : l'Abate Fetel d'Émilie-Romagne se négociait entre 2,10 € et 2,90 € selon le calibre, la Kaiser autour de 2,40 €, tandis que la Williams variait de 1,80 € pour l'origine sud-africaine à 2,35 € pour l'origine italienne. La Doyenné du Comice néerlandaise était cotée entre 1,90 € et 2,00 €.
À Milan, les cotations se situaient globalement à des niveaux supérieurs : l'Abate Fetel atteignait jusqu'à 3,15 €, la Coscia chilienne 3,25 € et la Kaiser 2,50 €. La Williams oscillait entre 1,60 € (origine sud-africaine) et 2,20 € (origine italienne).
Bolzano enregistrait les niveaux les plus élevés pour les produits nationaux, avec l'Abate Fetel à 3,50 €/kg, la Kaiser à 3,15 €/kg et la Williams à 2,10 €/kg. À Rome, les prix demeuraient également fermes : l'Abate Fetel atteignait 3,30 €, la Doyenné du Comice néerlandaise jusqu'à 3,00 € et la Williams italienne 2,40 €.
Pays-Bas : légère progression des cours pour la Conférence
Le marché néerlandais de la poire est resté globalement stable cette saison, avec un flux régulier de marchandises et une segmentation marquée entre niveaux de qualité et circuits de commercialisation. L'année 2026 a débuté sur une dynamique soutenue : les expéditions vers les marchés européens et extra-européens se sont déroulées sans perturbation majeure. Selon un négociant néerlandais, « le bon niveau gustatif et des prix attractifs pour le consommateur, soutenus par des actions promotionnelles ciblées, ont contribué à maintenir un bon rythme d'écoulement ».
Le calendrier de récolte continue toutefois d'influencer le marché. En novembre et décembre, la filière s'est attachée à accélérer la commercialisation des lots récoltés tardivement via des campagnes promotionnelles, afin de limiter les risques. Par ailleurs, certaines poires récoltées plus précocement présentent aujourd'hui une durée de conservation plus courte qu'à l'accoutumée, accentuant la pression logistique. L'ouverture d'une cellule impose une préparation et une distribution rapides pour préserver la qualité commerciale, ce qui nécessite un suivi rigoureux des stocks.
Depuis le début de l'année, les prix des colis de Conférence affichent une légère hausse. Une différenciation plus nette s'est installée entre les lots à fort potentiel de conservation et ceux destinés à une rotation rapide. Les fruits de meilleure qualité se maintiennent à des niveaux stables, voire légèrement supérieurs, tandis que les volumes restant à écouler pèsent sur le marché spot. Il en résulte une structure tarifaire à deux vitesses.
À l'approche de la fin de campagne, la disponibilité de lots techniquement aptes au stockage prolongé sera déterminante. Le nombre de volumes susceptibles de tenir jusqu'en juillet s'annonce inférieur à celui des années précédentes. Cette situation pourrait, à terme, soutenir les prix des poires présentant les meilleures garanties de conservation.
Espagne : récolte en hausse par rapport à l'année dernière, mais toujours inférieure à la moyenne
Bien que la récolte de poires ait augmenté par rapport à l'année dernière, les volumes restent inférieurs de 17 % à la moyenne des dernières saisons. De plus, des problèmes de qualité lors du stockage réduisent considérablement la disponibilité de fruits de bonne qualité. La variété Conference représente un peu plus de la moitié de la production totale, avec 126 000 tonnes.
« Les rendements ont été faibles et la qualité actuelle des poires Conference espagnoles est généralement médiocre, ce qui entraîne un manque de rentabilité important », explique un producteur et exportateur espagnol. « D'autre part, les Pays-Bas et la Belgique ont une récolte importante et de grande qualité, même pour les catégories plus standard, et dominent le marché européen », ajoute-t-il.
Les poires Conference espagnoles sont principalement destinées au marché intérieur, où les prix sont acceptables, mais la demande reste plutôt stagnante. « Le marché des poires est très calme et, heureusement, il n'y a pas de gros volumes dans les chambres froides, sinon la situation serait bien pire. Il est certain que la poire devient un produit difficile à commercialiser en Espagne en raison de la baisse de sa rentabilité », souligne-t-il.
Allemagne : offre suffisante face à une demande mesurée
Sur le marché allemand, l'Abate Fetel et la Santa Maria italiennes dominent les linéaires. Les origines turques, notamment Santa Maria et Deveci, occupent également une place significative, même si les volumes disponibles restent limités dans certaines régions. La Conférence d'Allemagne, des Pays-Bas et de Belgique complète l'assortiment.
Les importations en provenance d'Afrique du Sud montent progressivement en puissance. Alors que seule la Williams Christ était présente la semaine précédente, la variété Rosemarie est désormais également commercialisée. Les nashis d'origine chinoise continuent, pour leur part, de jouer un rôle marginal.
Globalement, l'offre couvre sans difficulté une demande qualifiée de modérée. Les prix suivent des évolutions saisonnières classiques et s'établissent, dans la plupart des cas, à des niveaux légèrement à nettement supérieurs à ceux enregistrés l'an dernier.
Amérique du Nord : bonne récolte domestique et forte concurrence en rayon
En Amérique du Nord, l'offre nationale affiche des volumes solides d'Anjou et de Bosc, cette dernière se distinguant par une proportion élevée de gros calibres. Ces disponibilités reflètent des conditions de culture favorables dans l'État de Washington.
Les expéditions de Bosc domestiques devraient se poursuivre jusqu'en juin, voire juillet, tandis que les Anjou américaines devraient rester présentes sur le marché jusqu'en août.
La demande est jugée satisfaisante, même si la catégorie reste confrontée à un environnement concurrentiel marqué en distribution. Les poires doivent composer avec l'essor des nouvelles variétés de pommes ainsi qu'avec l'offre en agrumes. Alors que le segment pomme a bénéficié d'importantes innovations variétales ces dernières années, la poire a évolué plus lentement. L'introduction de nouvelles variétés, comme Happi, pourrait néanmoins contribuer à dynamiser l'intérêt pour la catégorie.
Sous l'effet des volumes disponibles, les prix se situent nettement en dessous des niveaux observés l'an dernier. Cette situation offre aux acheteurs l'opportunité de s'approvisionner en Bosc domestiques à des conditions compétitives, alors que ces dernières pouvaient atteindre des niveaux plus élevés lors des campagnes précédentes.
Concernant les importations, les premiers arrivages en provenance de l'hémisphère sud sont attendus au début du printemps, notamment pour des variétés telles que Bartlett.
Afrique du Sud : des exportations attendues en recul de 4 %
La campagne sud-africaine progresse : les variétés précoces sont désormais terminées et les Packhams sont en cours de conditionnement. Les volumes destinés à l'export devraient légèrement diminuer par rapport à la saison précédente.
Des épisodes de grêle et de vents violents dans la région du Langkloof ont affecté la récolte, en particulier la Forelle, qui arrivait à maturité. Par ailleurs, des températures élevées au début de l'été dans le Western Cape ont limité le calibre des fruits.
Les estimations actuelles pour la campagne d'exportation 2026 s'établissent à 22,3 millions d'équivalents cartons, soit un recul de 4 % sur un an. Cette baisse s'explique également par l'arrachage de certains vergers et par les volumes exceptionnellement élevés exportés pour certaines variétés la saison dernière.
Sur le marché domestique, les prix se situent autour de 8,20 rands/kg, soit environ 0,40 €/kg.
Argentine : campagne précoce et volumes en retrait
La campagne 2026 a démarré plus tôt que d'ordinaire, avec des Williams disponibles dès janvier. La production accuse un recul estimé entre 10 et 20 %, en raison d'épisodes de grêle et d'autres aléas climatiques. La qualité est toutefois jugée élevée, avec une proportion accrue de fruits haut de gamme.
Le Brésil a entamé la saison sur un rythme soutenu, porté par une demande dynamique et des prix favorables. Aux États-Unis, la demande initiale s'est montrée plus hésitante, en raison de stocks encore importants, mais une amélioration est attendue entre mars et avril.
L'Europe continue de constituer un débouché plus ciblé. Dans l'ensemble, la réduction de l'offre en provenance de l'hémisphère sud contribue à soutenir la stabilité du marché et le maintien des prix.
Chili : L'offre réduite de l'hémisphère sud soutient la stabilité
La campagne 2026 de la poire chilienne se déroule dans un contexte de resserrement de l'offre de l'hémisphère sud, ce qui contribue à la stabilité commerciale. Le Chili est principalement en concurrence avec l'Argentine sur le continent américain et avec la production locale aux États-Unis, ajustant les expéditions en fonction des stocks disponibles.
La demande reste stable en Amérique latine et en Amérique du Nord. Les exportateurs se concentrent sur les tailles les plus demandées et sur une qualité constante, dans le but de maintenir les prix malgré des coûts logistiques et de production élevés.
Semaine prochaine : la mandarine