Le marché mondial du poivron est actuellement marqué par des perturbations climatiques, des transitions saisonnières et des évolutions des flux d'approvisionnement dans les principales zones de production. La faiblesse des disponibilités dans certaines origines continue de soutenir les prix, même si l'arrivée progressive des volumes de la nouvelle saison devrait contribuer à rééquilibrer le marché dans les prochaines semaines.
En Europe, les Pays-Bas et la Belgique ont entamé la campagne avec des superficies légèrement en recul et des volumes d'importation plus limités, ce qui a soutenu les prix en début de saison. En Italie, la campagne sicilienne s'est terminée plus tôt que prévu en raison de pertes liées aux conditions météorologiques, maintenant les prix à un niveau élevé. En France, le marché se situe dans une phase de transition, avec une offre suffisante mais irrégulière et une demande stable. En Allemagne, l'offre reste dominée par les produits espagnols, même si l'arrivée progressive des volumes néerlandais et belges commence à influencer la disponibilité.
En Espagne, les prix élevés se sont maintenus à la suite de rendements hivernaux en baisse, tandis que la région de Murcie se rapproche désormais de son pic de production. En Amérique du Nord, les conditions météorologiques défavorables au Mexique et en Floride réduisent l'offre et soutiennent les prix, avec une amélioration attendue plus tard dans la saison. En Afrique du Sud, des précipitations prolongées ont pesé sur la production et la qualité, tandis qu'une augmentation récente des volumes a entraîné un repli des prix, la demande devant se raffermir à l'approche de Pâques.
© Viola van den Hoven-Katsman | FreshPlaza.fr
Pays-Bas : des superficies en léger recul et un bon démarrage dans un contexte de baisse des importations
Traditionnellement, la culture du poivron aux Pays-Bas et en Belgique débute en mars, principalement en cultures non éclairées, même si le secteur explore des solutions pour avancer les calendriers grâce à l'éclairage artificiel. Cette année, des opportunités se sont présentées en raison des difficultés de production en Espagne.
De plus en plus de producteurs récoltent leurs premiers poivrons colorés à partir de la semaine 13. Les superficies sont légèrement inférieures à celles de l'an dernier, estimées entre 1 500 et 1 600 hectares aux Pays-Bas. En Belgique, les surfaces sont également en baisse, BelOrta faisant état d'une réduction de 5 %, y compris pour les poivrons de spécialité.
La saison locale a démarré dans de bonnes conditions grâce à la baisse des importations en provenance du sud de l'Europe. Comme l'an dernier, les producteurs restent particulièrement attentifs à la prévention des problèmes racinaires, en recourant notamment à des substrats organiques, aux enseignements issus de la culture sur laine de roche et à l'utilisation de porte-greffes. Ces derniers avaient permis d'améliorer les rendements lors de la précédente campagne, favorisée par des conditions de culture optimales. L'enjeu cette année sera de maintenir ces performances dans un contexte potentiellement moins favorable.
Sur le plan économique, l'année 2025 s'est révélée difficile pour les producteurs de poivrons néerlandais en raison de niveaux de production élevés. Les résultats financiers en témoignent : le résultat net d'exploitation a été négatif.
Avec une hausse de 8,5 % des superficies en 2025 et une progression des rendements d'environ 3 % au mètre carré, la production totale néerlandaise a augmenté d'environ 12 % par rapport à 2024, atteignant 450 à 460 millions de kilos. Dans le même temps, les prix ont chuté d'environ 25 %. Selon Rabobank, chaque augmentation de 1 % de l'offre a entraîné une baisse des prix d'environ 2 %.
Italie : fin anticipée de la campagne sicilienne en raison d'un déficit de production
La saison des poivrons à Licata, dans la province d'Agrigente, en Sicile, s'achève plus tôt que d'habitude en raison des pluies hivernales qui ont freiné le développement des cultures tardives. « Nous travaillons habituellement avec cette culture pendant dix mois de l'année, de la mi-août jusqu'au mois de mai. Cette année, nous terminerons dès les dix premiers jours d'avril », indiquent les représentants d'une coopérative.
« Le début de la saison en septembre a été désastreux, en raison de conditions météorologiques extrêmes. Les fortes pluies de fin août et les épisodes de grêle ont fortement dégradé la qualité. La phase suivante, entre octobre et janvier sous serre, a en revanche montré une nette amélioration, avec une meilleure qualité et des prix en hausse. Le prix moyen à la production s'est situé entre 1,00 et 1,30 €/kg, avec des pics entre 1,60 et 1,80 €/kg entre décembre et janvier. »
Le secteur a également bénéficié de la baisse de production espagnole, qui a soutenu les prix des produits siciliens, ainsi que d'un choix stratégique des producteurs privilégiant le poivron par rapport à la courgette afin d'optimiser les coûts de main-d'œuvre. Une pénurie est attendue tout au long du mois d'avril, ce qui devrait maintenir les prix à un niveau élevé.
Les prix de gros ont atteint des niveaux particulièrement élevés. Un grossiste du nord de l'Italie, s'approvisionnant en Sicile et en Espagne, indique que le mauvais temps de janvier a fortement réduit les volumes, avec un déficit supérieur à 50 % dans certaines zones de production. Cette situation devrait se prolonger encore trois à quatre semaines.
Le mercredi 25 mars, les poivrons siciliens se négociaient à 3,50 €/kg en vrac, ou 3,00 €/kg en colis double couche. Les produits espagnols étaient vendus entre 3,20 et 3,40 €/kg. Ces niveaux de prix reflètent avant tout la faiblesse de l'offre. Le coût du gazole a eu un impact limité, estimé à environ 10 euros par palette, soit seulement quelques centimes par kilo.
France : un marché stable dans une phase de transition
À l'approche de la fin mars, le marché français du poivron se situe en contre-saison, avec une transition progressive vers les premiers volumes en provenance d'Europe du Nord. L'Espagne demeure le principal fournisseur, tandis que les Pays-Bas et la Belgique commencent à monter en puissance. Le Maroc continue également d'alimenter le marché.
Cette configuration se traduit par une offre irrégulière, dépendante des conditions météorologiques en Europe du Sud. Néanmoins, le marché reste relativement équilibré, les volumes disponibles étant suffisants pour couvrir la demande. Les prix demeurent à des niveaux élevés, malgré une légère détente observée ces derniers jours, notamment sur les marchés de gros. Cette situation s'explique par la combinaison d'une offre encore limitée et de coûts de production et de transport élevés.
La demande reste modérée, freinée par des facteurs saisonniers encore peu favorables. Les ventes se maintiennent ainsi à un rythme stable, sans véritable accélération. À court terme, la montée en puissance des volumes issus des serres néerlandaises et belges devrait assouplir le marché et exercer une pression à la baisse sur les prix.
Allemagne : une domination espagnole malgré les débuts néerlandais et belges
Les produits espagnols continuent de dominer le marché allemand. Toutefois, l'arrivée des premiers volumes néerlandais et belges la semaine dernière commence à se faire sentir.
À Hambourg et Berlin, l'augmentation de l'offre a entraîné des ajustements à la baisse sur les produits espagnols concurrents. À Munich, le début de la campagne nord-européenne était également perceptible, sans impact significatif sur les prix espagnols. À Francfort, les clients se sont montrés particulièrement réactifs aux poivrons rouges néerlandais, malgré des prix atteignant jusqu'à 26 euros pour des caisses de 5 kg. Dans le même temps, l'offre turque s'est réduite et les prix ont progressé, même si les opérateurs ont évité de constituer des stocks importants.
Espagne : montée en puissance de la production à Murcia
Les prix des poivrons à Almería sont restés élevés pendant une grande partie de l'automne et de l'hiver, en raison de rendements en baisse liés à des conditions plus froides et plus humides que la normale, ainsi qu'à la pression de Thrips parvispinus.
La récolte en Murcie a débuté début mars et devrait atteindre son plein potentiel dès la semaine prochaine. Les températures plus fraîches ont retardé la production de poivrons colorés d'une à deux semaines.
En début de campagne, les prix dépassent en moyenne 2 €/kg aux enchères. À court terme, les producteurs murciens devraient disposer de volumes suffisants, les superficies étant restées stables. La qualité est jugée bonne et les perspectives de campagne sont positives, sous réserve de l'impact de l'arrivée des volumes néerlandais sur le marché européen.
Amérique du Nord : une offre limitée par les conditions météorologiques
Aux États-Unis et au Mexique, une combinaison de facteurs climatiques a entraîné des pénuries, notamment sur le segment du poivron.
Au Mexique, un hiver plus chaud que la normale a favorisé les volumes, mais aussi la pression des maladies. En Floride, des épisodes de gel fin janvier et début février ont affecté la production, entraînant un déficit d'approvisionnement en fin d'hiver et au début du printemps.
Par ailleurs, la faiblesse du dollar américain incite les opérateurs mexicains à orienter davantage de volumes vers le marché domestique plutôt que vers l'export.
La reprise de l'offre pourrait prendre du temps. La Géorgie, autre région clé de la côte Est, a également subi des gelées récemment. Une amélioration n'est pas attendue avant le mois de mai, avec le démarrage de la production en Californie, dans la région de Coachella.
Dans ce contexte, les prix ont fortement augmenté. Les poivrons verts ont récemment dépassé les 37 euros, contre une fourchette habituelle comprise entre 16 et 19 euros.
Afrique du Sud : des pluies persistantes suivies d'un afflux de volumes
Le marché sud-africain traverse actuellement sa phase de transition automnale. Les pluies continues depuis la fin de l'année dernière, combinées à un déficit d'ensoleillement, ont ralenti la croissance et la coloration des fruits, entraînant une hausse des prix des poivrons jaunes et rouges.
Une accalmie récente a toutefois permis aux producteurs des régions du Limpopo et du Mpumalanga d'augmenter leurs expéditions, générant temporairement un excédent et une saturation du marché, selon un négociant de Johannesburg. La situation devrait s'équilibrer avec le renforcement de la demande à l'approche du week-end de Pâques.
À Tshwane, un opérateur souligne que la saison a été particulièrement difficile, avec des problèmes de qualité marqués au cours des deux dernières semaines, aggravés par une demande faible.
Les prix du poivron vert se situent actuellement entre 0,36 et 0,45 €/kg, soit entre 1,78 et 2,67 € pour des colis de 4,5 à 5 kg, en nette baisse par rapport aux 3,56 à 4,45 € observés une semaine plus tôt. Les poivrons jaunes et rouges, qui se négociaient autour de 2,67 €/kg auparavant, se situent désormais entre 1,78 et 2,23 €/kg, sous l'effet de l'arrivée des volumes de la nouvelle saison.
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