Vendredi dernier, l'Organisation bretonne de sélection (OBS) a inauguré 600 m² de nouveaux laboratoires ainsi que 1 600 m² de serres de nouvelle génération. Un investissement de 3 millions d'euros, sélectionné dans le cadre du plan France 2030 pour la reconquête de la souveraineté alimentaire. L'objectif ? Permettre aux 1 500 légumiers, réunis au sein des quatre coopératives du Nord Bretagne à l'origine de sa création, de gagner en résilience face aux défis climatiques, économiques et géopolitiques, dans un contexte international de plus en plus tendu. L'OBS se positionne ainsi comme un véritable « sur-mesure semencier » au service des producteurs bretons, en France comme à l'international.
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Un outil de recherche et de production multiplié par 3
Créée en 1970, l'Organisation bretonne de sélection (OBS) a engagé en 2021 une transformation de ses outils. Parmi les étapes marquantes de son développement figurent la mise au point de son premier hybride de chou-fleur en 1984, puis celle d'une variété résistante au mycosphaerella en 2008. En 2016, la création d'OBS Innovation a structuré ses activités de recherche appliquée.
En 2024, un bâtiment de production en autoconsommation photovoltaïque a été construit, avant la mise en service du nouveau complexe. Celui-ci porte les surfaces à 600 m² de laboratoires (contre 200 m² auparavant) et 1 600 m² de serres de nouvelle génération (contre 500 m²), qui devraient également être équipées de panneaux photovoltaïques. L'ensemble doit permettre de renforcer les capacités de recherche et de sélection pour la production légumière du Nord Bretagne.
Confort et accélération de l'expérimentation
Les sélectionneurs et chercheurs (22 collaborateurs, dont deux docteurs, sur un effectif total de 34 salariés) vont désormais bénéficier d'un outil performant de création variétale et de sélection avec, par exemple, la possibilité de reconstituer, intra-muros, les conditions extérieures de croissance : un gain de temps précieux pour observer les résultats et un levier d'accélération d'importance lorsqu'il faut 10 à 15 ans pour créer une nouvelle semence.
Autonomie et nouveaux métiers
Les nouveaux équipements permettent d'intégrer des missions jusque-là sous-traitées comme le marquage moléculaire en recherche appliquée ou le contrôle qualité des semences. Une internalisation qui n'exclut pas les partenariats mais qui va permettre, selon l'OBS, de gagner en autonomie.
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Les 3 nouveaux laboratoires et serres réunis dans un seul bâtiment
Accès aux NGT et au déploiement de l'IA
L'OBS anticipe également l'évolution des techniques d'amélioration des plantes, notamment les NGT (New Genomic Techniques), dont l'autorisation en Europe est attendue à l'horizon 2026. Le séquençage génomique, qui permet d'accélérer la création variétale par modification de gènes au sein d'une même espèce, est déjà utilisé en dehors de l'Europe, notamment par de grands groupes internationaux positionnés sur les mêmes marchés et donc concurrents.
Dans cette même logique d'évolution des outils, l'OBS prévoit également de renforcer le recours à l'intelligence artificielle. Déjà utilisée à travers des outils généralistes, celle-ci doit être développée pour exploiter les volumes croissants de données issues de la sélection variétale. « Dans mon équipe il y aura d'ici 3 à 4 ans, de nouveaux métiers : bio informaticien, data scientist… ils traiteront des milliers de données et sauront utiliser les algorithmes sophistiqués », explique Céline Jacq, Directrice générale de l'OBS.
Attractivité pour le développement des partenariats
« La recherche ce sont des heures de travail et de l'investissement : sur 100 entreprises françaises de sélection, 67, dont l'OBS, font de la création variétale. Toutes consacrent chaque année entre 13 et 25 % de leur chiffre d'affaires à l'innovation », précise Céline Jacq. Avec ses nouvelles infrastructures l'OBS renforce son attractivité pour accueillir davantage de thésards et d'alternants issus des instituts de recherche et établissements d'enseignement supérieur (INRA, Instituts Agronomie, Université de Bretagne Occidentale…). « Il est aujourd'hui absolument préoccupant - voire très inquiétant ! - que le contexte national, européen et international influe négativement sur l'activité légumière du nord Bretagne. Les coopératives adhérentes de l'OBS ne cessent d'alerter à ce sujet, notamment lors du dernier Salon de l'Agriculture. La maîtrise des coûts reste une obsession pour l'ensemble des 1500 producteurs de la zone légumière ».
Avec cet investissement dans des laboratoires et des serres de nouvelle génération, l'OBS entend consolider son rôle auprès des producteurs bretons. L'organisation vise à accompagner l'évolution des systèmes de production, notamment face aux contraintes du marché, au changement climatique et aux tensions sur la main-d'œuvre. La création variétale et la production de semences et de plants constituent des leviers centraux pour répondre à ces enjeux, tout en maintenant un modèle fondé sur la proximité avec les producteurs et des conditions économiques adaptées.
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Satisfaction de la demande des consommateurs
© OBSLes attentes des producteurs restent étroitement liées à celles des consommateurs : couleur, forme, goût, disponibilité ou encore conservation. Pour y répondre, l'OBS prévoit d'élargir son offre, à la fois en développant des variétés permettant d'étaler les périodes de production — comme le chou-fleur, cultivé d'octobre à fin mai — et en renforçant sa gamme historique (chou-fleur, romanesco, échalote, artichaut, oignon Rosé de Roscoff, Coco de Paimpol). Les nouvelles installations doivent également permettre d'accélérer les travaux sur certaines cultures, comme le potimarron, apprécié notamment pour son goût de châtaigne.
L'organisation s'appuie par ailleurs sur une collaboration étroite entre producteurs et chercheurs, avec l'objectif de sécuriser l'approvisionnement en graines et plants, dans une logique de circuit court. « Nous travaillons sur le territoire breton, sur une petite gamme sur laquelle nous sommes leader en choux fleurs d'hiver et nous sommes aux petits soins de nos producteurs, seuls capables de produire des choux-fleurs de septembre à juin ! » résume Céline Jacq.
Pour plus d'informations :
OBS
Kernonen – 29250 Plougoulm, France
Tél. +33 (0)2 98 29 92 55
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