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Comment les SIQO contribuent à la souveraineté alimentaire ?

Depuis plusieurs années, la question de la souveraineté alimentaire s'impose dans le débat agricole et politique, notamment dans un contexte d'agriculture mondialisée. Dans ce cadre, les produits sous signes officiels de qualité et de l'origine (SIQO) — qui représentent près de 1 200 références (hors bio), dont 67 pour le secteur des fruits et légumes (hors pomme de terre) — interrogent sur leur contribution à cet enjeu. C'était tout l'objet de la conférence de l'INAO et de l'INRAE organisée le 26 février dernier au SIA.

© Capture d'écran conférence

« Les SIQO sont profondément ancrés dans l'agriculture française. Les productions sous signes de qualité ont été construites historiquement pour valoriser des productions ancrées dans des terroirs et des territoires », rappelle Philippe Brisebarre, président du Conseil permanent de l'INAO. Ces signes d'origine reposent en effet sur un lien étroit entre territoire, qualité spécifique du produit et notoriété associée au nom. Ils concernent aujourd'hui près d'un tiers des exploitations agricoles françaises. Leur poids économique est également significatif puisqu'ils représentent 42 milliards d'euros, soit 40 % du CA de l'agriculture française. « Ce sont des productions importantes dont on ne peut pas dire qu'elles sont confidentielles », souligne Philippe Mauguin, PDG de l'INRAE.

Les Indications Géographiques et Labels Rouges comme levier de reterritorialisation et de durabilité
« L'enjeu, c'est de voir aujourd'hui comment les évolutions récentes autour de ces indications géographiques participent à la reterritorialisation d'un certain nombre d'activités agricoles », explique Armelle Mazé, économiste et chercheuse, coordinatrice de recherche (UMR SADAPT, INRAE). « Les indications géographiques (IG), au-delà d'être des vecteurs clés d'information pour le consommateur, contribuent à la création de valeur pour les agriculteurs et constituent aussi un outil potentiel de diversification, notamment face au changement climatique. Ces produits participent à la dynamique territoriale et s'inscrivent comme des instruments d'accompagnement par et pour les producteurs. »

Ces signes de qualité jouent un rôle dans l'emploi rural et l'attractivité des métiers agricoles, pouvant ainsi encourager les installations. Les Labels Rouges, de leur côté, incarnent un patrimoine en constante évolution, notamment face aux attentes des consommateurs. « Un dispositif de protection juridique qui promeut la réputation de la France à l'international avec des savoir-faire et de la technicité. »

Historiquement, ils témoignent aussi de la capacité de résilience et de la robustesse des systèmes. À la fin du XIXe siècle, lors de la crise du phylloxéra, les indications géographiques ont constitué un outil d'organisation collective déterminant pour reconstruire les vignobles, en redéfinissant les standards de qualité.

Aujourd'hui encore, les SIQO accompagnent l'évolution des modes de consommation. Selon les commerçants, ils répondent aux attentes de certains consommateurs en matière de qualité et garantissent un haut niveau d'exigence, tant sur les méthodes de production que sur les caractéristiques des produits — qu'il s'agisse de qualité supérieure avec le Label Rouge ou d'expression des terroirs avec les IGP.

Toutefois, leur répartition reste inégale sur le territoire. Leur développement est souvent plus marqué dans des zones dites difficiles, comme les régions de montagne, contribuant ainsi à leur valorisation. Parallèlement, de nouvelles IG et Labels Rouges émergent également dans des régions de grandes cultures, comme instruments de diversification et de création de valeur, notamment dans les productions végétales, à l'image de l'AOP oignon doux des Cévennes.

Le rôle des Indications Géographiques pour protéger le modèle agricole français dans les accords commerciaux
« Depuis longtemps, les IG à l'européenne ont toujours été une source de conflit à l'international », rappelle Karine Latouche, économiste et directrice de recherche (UMR SMART, INRAE). Souvent perçues comme des barrières aux échanges ou des sources de discrimination, les indications géographiques sont régulièrement critiquées, notamment par les pays anglophones, où prévaut une logique de trademark. Des différends à l'OMC en 1999 et 2003 ont d'ailleurs conduit à une évolution de la réglementation européenne en 2005, ouvrant la possibilité aux producteurs étrangers de déposer des IG en Europe. Ainsi, un pays comme la Chine peut, par exemple, protéger une dénomination sur le marché européen, empêchant les producteurs européens d'utiliser le même nom.

Alors qu'en est-il des IG dans les accords commerciaux signés par l'UE ? Depuis 2011, les accords commerciaux signés par l'Union européenne intègrent explicitement des listes d'IG reconnues. L'objectif est clair : éviter les usurpations d'appellation et les abus de réputation, tout en permettant, dans certains cas, la coexistence avec des marques déjà existantes. Cette reconnaissance constitue un enjeu non négociable pour la ratification des accords. Elle permet aux entreprises françaises d'accéder à de nouveaux marchés et de valoriser leurs produits à des prix plus élevés, sans pour autant augmenter les volumes exportés, en raison des limites liées aux zones de production.

Par ailleurs, le système des IG se diffuse progressivement à l'échelle mondiale, contribuant à limiter les attaques à l'échelle internationale et à promouvoir le modèle européen de protection de l'agriculture traditionnelle, voire territorialisée, hors de son territoire. À ce jour, 240 IG issues de 20 pays hors UE sont enregistrées dans la base eAmbrosia. Cette dynamique se confirme au niveau international : en 2025, une conférence organisée à la FAO a réuni 52 pays autour de ce sujet, un événement qui aurait été impensable dix ans plus tôt, selon les organisateurs eux-mêmes. « Ça montre que la diffusion du modèle européen est en cours et permet d'espérer pouvoir protéger notre modèle à l'échelle européenne ».

Les SIQO favorisent des systèmes plus autonomes, moins dépendants d'intrants chimiques
Raja Chakir, économiste et directrice de recherche (UMR PSAE, INRAE), s'intéresse aux liens entre agriculture et environnement, notamment à l'usage des intrants chimiques. Si ces derniers ont contribué à soutenir la sécurité alimentaire à l'échelle mondiale, leur utilisation excessive fragilise aujourd'hui les écosystèmes dont dépend la production agricole. La réduction de ces intrants implique un changement systémique, intégrant l'ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire. Dans ce contexte, les SIQO apparaissent comme un levier pour concilier durabilité et souveraineté alimentaire.

Le cas de l'agriculture biologique illustre clairement cette dynamique : en excluant les intrants chimiques, elle limite la dépendance aux marchés internationaux et repose sur des pratiques telles que la rotation des cultures ou la fertilisation organique. Pour les autres SIQO, comme les AOP et les IGP, les systèmes sont généralement plus extensifs et autonomes, avec des rendements plus limités, ce qui contribue également à réduire l'usage d'intrants. Certains cahiers des charges encadrent d'ailleurs l'utilisation de substances comme, par exemple, l'azote.

Les analyses montrent par ailleurs une corrélation positive entre l'appartenance à un SIQO et les performances économiques, sociales et environnementales des exploitations. En résumé, les SIQO favorisent des systèmes agricoles plus autonomes, moins dépendants des intrants chimiques, et offrent ainsi des perspectives intéressantes pour renforcer la souveraineté alimentaire.

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