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Principaux enseignements de ChangeNOW Paris et de Chapter Zero par Fatiha Charrat, Delassus Group

L'agriculture ne peut échapper à son paradoxe : à la fois responsable et exposée

« Paris a récemment accueilli l'un des rassemblements mondiaux les plus influents consacrés au climat, réunissant chefs d'entreprise, décideurs politiques, investisseurs et innovateurs. Les discussions menées lors de ChangeNOW ont des implications majeures pour le secteur agricole », déclare Fatiha Charrat, de l'exportateur marocain de produits frais Delassus.

« En marge de cet événement, j'ai également participé à une série d'ateliers organisés par Chapter Zero, destinés aux administrateurs indépendants impliqués dans les enjeux de transition. Nous sommes confrontés à un véritable changement de paradigme : les dynamiques géopolitiques, les ruptures technologiques et l'incertitude structurelle redéfinissent en profondeur les règles du jeu. Dans ce contexte, de nombreux conseils d'administration restent ancrés dans des modèles hérités, alors même que leur rôle doit évoluer de manière significative.

Dans le secteur agricole, les conseils d'administration doivent devenir de véritables gardiens de l'avenir, capables de représenter des acteurs absents de la table des décisions : la planète, la société et les générations futures. Ils doivent agir avec lucidité et courage face à des défis sans précédent.

© Delassus

Si je devais partager un message clé, ce serait celui-ci : connaître profondément et sincèrement l'entreprise que l'on sert. Sans cette compréhension, la contribution reste limitée. Plus on maîtrise son activité, sa culture et ses enjeux, plus on devient partie prenante de son évolution. C'est là que réside la véritable valeur.

En tant que membre d'un conseil d'administration, je m'interroge en permanence : quelle est ma valeur ajoutée ? Comment puis-je contribuer de manière concrète à l'entreprise ? La réponse repose sur l'engagement, la proximité et la compréhension.

Pour ceux d'entre nous qui évoluent dans l'agriculture, le climat est déjà une réalité quotidienne : stress hydrique, excès d'eau, décalage des saisons… autant de contraintes que nous gérons chaque jour et dont nous absorbons les coûts chaque année. Nous faisons face à une rupture structurelle.

Mais une autre rupture, tout aussi profonde et plus brutale encore, redéfinit également le secteur : le choc des prix de l'énergie à l'échelle mondiale, provoqué par les tensions géopolitiques et les conflits. Hier, la question était : "combien pouvons-nous produire ?". Aujourd'hui, elle devient : "que pouvons-nous produire de manière durable, et à quel coût ?"

Dans des pays comme le Maroc, où l'agriculture constitue à la fois un pilier économique et un facteur de stabilité sociale, l'eau, l'énergie et la main-d'œuvre sont devenues des ressources déterminantes. Chaque décision d'investissement revient désormais à arbitrer entre ces երեք facteurs. Par ailleurs, la raréfaction progressive mais structurelle de la main-d'œuvre agricole, liée aux évolutions sociales en milieu rural, transforme profondément les réalités opérationnelles. Cela nous oblige à repenser les stratégies culturales, à remettre en question certains choix historiques et à reconnaître que tous les modèles de production ne sont pas viables à long terme.

Lors de ChangeNOW, j'ai participé avec d'autres dirigeants du GSE à des ateliers animés par Chapter Zero, conçus comme des espaces d'échange et de confrontation aux réalités actuelles. J'en retiens plusieurs questions opérationnelles essentielles : jusqu'où sommes-nous prêts à être transparents ? Dans quelle mesure produisons-nous de manière responsable lorsque des compromis deviennent inévitables ? Et nos modèles sont-ils suffisamment résilients face à des chocs répétés ?

Plus fondamentalement, une question traverse toutes les autres : comment maintenir la confiance et l'engagement de nos parties prenantes dans un contexte marqué par une tension et une incertitude politiques croissantes ? Car au-delà de la stratégie et de la performance, le véritable défi consiste aujourd'hui à embarquer l'ensemble des acteurs dans cette transformation.

L'agriculture d'exportation se situe à l'intersection de contraintes locales et d'exigences mondiales. Cette position implique des responsabilités. Nous ne pouvons pas revendiquer un accès à des marchés premium sans nous aligner sur leurs standards. Pourtant, un paradoxe grandissant mérite d'être souligné : les importateurs et distributeurs imposent un nombre croissant de certifications, souvent redondantes. Dans les faits, cela peut représenter jusqu'à dix audits par produit et par an. Le résultat n'est pas une amélioration de l'impact, mais une dilution des efforts : perte de temps, manque de clarté et, in fine, perte de sens, pour un coût élevé.

Lorsque la conformité devient fragmentée, elle s'éloigne de son objectif initial. Au lieu de générer des progrès concrets sur le terrain, elle engendre une charge administrative accrue et de la confusion, tant pour les producteurs que pour les organismes d'évaluation.

Cela pose une question essentielle : ne serait-il pas plus pertinent de tendre vers un cadre de certification unique, cohérent et robuste, à la fois crédible, harmonisé et réellement orienté vers les résultats ? Lors de ChangeNOW, j'ai échangé avec l'équipe B Corp sur ce sujet. Il en ressort la nécessité de repenser la certification non plus comme une simple liste de contrôle, mais comme un système global capable d'aligner performance environnementale, sociale et économique.

Ce que ChangeNOW met en évidence, c'est que les entreprises qui réussiront demain sont celles qui s'engagent dès aujourd'hui, de manière volontaire, dans cette transformation. Pour l'agriculture, cela implique d'accepter une réalité : l'ère du "business as usual" est révolue. C'est aussi une opportunité de redéfinir la valeur, de construire des modèles plus résilients et de reconnecter la production à sa finalité. »

Pour plus d'informations :
Fatiha Charrat
Groupe Delassus
[email protected]
www.delassus.com

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