Abonnez-vous à notre lettre d'information quotidienne pour vous tenir informé(e) des dernières actualités!

S'abonner Je me suis déjà inscrit(e)

Comme nous donnons la possibilité de consulter nos articles gratuitement, nous comptons sur les revenus de nos bannières publicitaires. Merci donc de désactiver votre bloqueur de publicités et de réactualiser la page pour pouvoir poursuivre votre visite sur ce site.

Cliquez ici pour savoir comment désactiver votre bloqueur de publicité.

Sign up for our daily Newsletter and stay up to date with all the latest news!

S'abonner I am already a subscriber
Ignace Carron, de Sanac (Belgique)

« La situation n'est pas tenable : certains producteurs d'endive travaillent pour la moitié du prix de revient »

Depuis longtemps que le secteur belge, mais aussi néerlandais, de l'endive est en difficulté. Les prix de revient ne cessent d'augmenter, les moyens de protection des cultures sont de plus en plus restreints et les jeunes consommateurs sont aux abonnés absents. Cette saison, les prix sont à nouveau si bas qu'un appel au changement s'est fait entendre : la situation n'est pas tenable. Ignace Carron, de Sanac, le confirme : « Ce que nous avons vécu en 2025 est vraiment sans précédent. »

© Sanac

Sanac est spécialisée dans le commerce de semences, de produits phytosanitaires et de toutes sortes d'articles. « Nous distribuons des semences d'endive depuis de nombreuses années, ce qui nous permet d'être en contact quotidien avec des acteurs de l'ensemble du secteur. Cela nous permet d'avoir une bonne vue d'ensemble de toute la chaîne, de la culture au marché. Cela fait 37 ans que je travaille dans ce secteur, mais ce que j'ai vu l'année dernière ne s'est pas encore produit. Certains producteurs ont travaillé toute l'année à la moitié du prix de revient. Cela prend des proportions dramatiques et n'est certainement pas durable. La situation n'est pas seulement difficile sur le plan financier, elle est également éprouvante sur le plan émotionnel. Le sentiment d'impuissance est grand. »

« Ce qui est remarquable, c'est qu'en termes de récoltes, nous avons eu une année relativement normale. 2024 avait été un peu plus humide et les racines avaient bien poussé. Les calibres étaient bons et la composition des racines était suffisante, ce qui signifie qu'elles avaient le potentiel de produire de belles endives. Pas le top, mais plus que suffisant. Pourtant, nous constatons que l'endive ne séduit plus le consommateur comme elle le faisait auparavant. La façon dont le produit est commercialisé et vendu aujourd'hui soulève des questions et fait qu'il est difficile pour de nombreux producteurs de rentabiliser leur investissement. »

France
« Il y a d'énormes différences sur le marché si l'on compare notre situation à celle de nos collègues français. Ils parviennent à commercialiser leur produit plus cher que nous en Belgique et aux Pays-Bas. Il faut donc se demander ce qui ne va pas chez nous et comment nous pouvons améliorer notre système. Personne n'aurait pu prévoir que les choses se passeraient ainsi. Il y a toujours des défis inhérents à la culture, car le risque zéro n'existe pas en agriculture. Mais personne n'aurait pu prévoir que la situation évoluerait de la sorte. Cela montre à quel point le secteur est dépendant des mécanismes du marché, des conditions météorologiques et du comportement des consommateurs, entre autres. »

© Sanac

En Belgique, plusieurs exploitations ont investi et se sont renouvelées ces dernières années. « Cependant, innover dans notre secteur signifie souvent aussi augmenter l'échelle pour s'affranchir des coûts. En conséquence, la capacité a augmenté. En agriculture, l'équilibre entre l'offre et la demande a toujours existé. Dès que l'offre est trop importante, le prix disparaît. Aujourd'hui, il semble qu'il y ait une surabondance structurelle de l'offre. En effet, il n'y a plus jamais de pénurie d'endives, ce qui entraîne des problèmes de vente. Les producteurs sont donc sous pression et doivent produire de grandes quantités, alors que les prix du marché ne le permettent souvent pas. »

« En France, ils ont appris au fil des ans à mieux adapter l'offre à la demande. Ils sont organisés différemment, en organisations professionnelles et en coopératives plus petites. Ces coopératives négocient avec le commerce et dirigent également la production. Elles ont appris à sentir le marché : de quelle quantité le marché a-t-il besoin ? C'est ainsi qu'elles évitent la surproduction et peuvent obtenir de meilleurs prix. »

« En outre, la fierté des Français pour leurs propres produits joue un rôle. Les négociants français achètent d'abord à leurs propres producteurs. Ce n'est qu'ensuite qu'ils regardent ce qui est disponible à l'extérieur, le cas échéant. Par conséquent, ils ne vendent pas en dessous du prix de revient, mais produisent moins de kilos. Cela présente non seulement des avantages financiers, mais protège aussi la pérennité du secteur. »

La clé du consommateur
Carron ajoute que les forces du marché et l'offre sont des éléments très importants à prendre en compte, mais que le consommateur final joue un rôle majeur. « La consommation recule. Si vous regardez les chiffres au fil des ans, il est évident que la filière perd des consommateurs tous les jours. Quel que soit le secteur, sans consommateur, il y a un problème. Malheureusement, je n'ai pas de boule de cristal pour dire comment résoudre ce problème, mais je sais qu'il est urgent de faire quelque chose. »

© Sanac

« Nous devons nous demander pourquoi les consommateurs abandonnent. D'une part, les habitudes alimentaires ont changé. D'autre part, nous sommes confrontés à une contradiction : lorsque les prix sont bas, les producteurs essaient de produire davantage, mais la question se pose alors de savoir si la qualité est encore suffisante pour convaincre. »

En France, on constate que 25 à 30 % du marché s'est tourné vers la mini endive, aussi appelées 'jeunes pousses'. Celle-ci est vendue à la pièce plutôt qu'au kilo, par exemple en paquets de cinq dans une fourchette de poids déterminée. Cela permet de produire des endives plus jeunes et plus fraîches, ce qui correspond mieux aux préférences. »

Inquiétudes
Carron reste pourtant optimiste. « Un boom ne dure jamais, mais heureusement, une crise non plus. Il y aura tôt ou tard une amélioration, la question est de savoir à quel point les pertes doivent être importantes avant que cela ne se produise. D'autres années, le climat a parfois permis à la situation de se rétablir d'elle-même. En 2025, toutes les conditions climatiques étaient réunies pour produire moins. Il a fait chaud et sec. Mais au final, il est tombé à chaque fois juste assez de pluie au bon moment. Les semis se sont bien déroulés, les plantes étaient belles et les racines se sont développées en profondeur. Par conséquent, il y aura de nouveau beaucoup d'endive disponible. »

« Cela suscite des inquiétudes pour 2026. Si nous avions manqué de racines, cela aurait permis de mieux répartir la production, de réduire l'offre et donc d'obtenir des prix plus normaux. Aujourd'hui, les cellules sont pleine et la surproduction rend difficile le maintien de prix sains. »

Pas de solution claire
Selon Carron, la situation est un cercle vicieux. « Nous essayons de maximiser la production tout en nous demandant si, ce faisant, on n'ignore pas ce que veulent réellement les consommateurs. Il n'en reste pas moins que le secteur est aujourd'hui confronté à de très gros défis. Car je n'évoque ici qu'une partie du problème : il s'agit d'une histoire complexe aux multiples facettes, sur laquelle chacun a son propre point de vue. Ce qui est clair, c'est que 12 mois se sont de nouveau écoulés et qu'il n'y a toujours pas de solution claire en vue. Il est vraiment important que nous, en tant que secteur, commencions à réfléchir à cette question. »

Pour plus d'informations :
Ignace Carron
Sanac
[email protected]
www.sanac.be

Articles connexes → See More