Pour sa deuxième édition, les Rencontres Blue Whale ont réuni plus de 250 participants autour d'une question centrale : « Productivité, quels modèles gagnants ? ». Après une première édition consacrée au changement climatique, le groupe a choisi cette année d'aborder sans détour la performance technico-économique, dans un contexte de baisse des rendements, de hausse de la compétitivité et de pression réglementaire accrue. Un sujet stratégique, porté avec conviction par son directeur général, Bruno Bertheloz.
© Blue Whale
Bruno Bertheloz
« Nous sommes au bout d'un modèle d'adaptation à la baisse »
Dès l'ouverture, Bruno Bertheloz a posé le décor : « Pouvons-nous encore parler d'arboriculture gagnante ? » Pour le directeur général, la productivité n'est pas un gros mot mais « une notion inhérente à l'histoire de l'homme ». Il rappelle que l'agriculture française s'est construite sur la performance, jusqu'à devenir le deuxième exportateur mondial. Mais aujourd'hui, le constat de l'agriculture française est sévère : « De 1 200 000 producteurs en 1980, nous sommes passé à 416 000 en 2025 et avons perdu plus de 20 % de rendement en quinze ans. 2025 est la première année où le solde commercial agricole français devient déficitaire. Nos sociétés n'ont pas vu que défendre la production et la compétitivité agricole est une priorité de souveraineté ».
Entre évolution climatique, pression des bio-agresseurs, réduction des solutions de protection, « nous sommes au bout d'un modèle d'adaptation à la baisse. Il est temps, et même urgent, de résister pour obtenir les politiques justes, cohérentes, nécessaires au soutien de la productivité agricole. »
« Résister » pour obtenir des politiques cohérentes
Le message est donc clair : « Il est temps, il est même urgent, de résister. » Gestion ambitieuse de l'eau, fin des surtranspositions réglementaires, accès facilité aux saisonniers, simplification administrative, fin des suppressions des moyens de protection sans solution équivalente, facilitation de l'accès aux employés saisonniers étrangers et maintien des politiques de soutien européennes à la production organisée en filière… autant de conditions jugées indispensables pour défendre « un modèle de production positif, d'impact sociétal, productif, organisé et donc compétitif ».
Protection physique et biocontrôle : vers le verger de demain
Dans ce contexte, Blue Whale explore des solutions alternatives pour réduire la dépendance aux produits phytosanitaires. Parmi elles, le projet « (Ré)Génération Fruits », soutenu par France 2030, vise à tester et combiner différentes technologies innovantes. Parmi elles, le projet intègre notamment des travaux engagés par la startup Micropep sur les micro-peptides capables de stimuler les défenses naturelles des pommes. Par ailleurs, « Bien produire passera demain par une protection physique des vergers renforcée », affirme Bruno Bertheloz. Filets, serres, innovations technologiques et solutions de biocontrôle sont testés à l'échelle de prototypes dans le cadre de vergers d'essai.
Mais la question reste ouverte : « Jusqu'où aller dans la protection physique sans exploser les coûts de production ? »
Génétique, robotique, data et IA : De nouveaux leviers pour maîtriser la productivité
Parmi les leviers évoqués, bien que ne pouvant relever à elle seule le défi, l'innovation variétale occupe une place centrale. « Bien produire pour mieux nourrir le monde passera nécessairement par une génétique renouvelée et de plus en plus robuste, même si le réchauffement climatique, les nouveaux bioagresseurs, la perte d'efficacité des molécules de protection resteront des barrières à surmonter ».
Autre axe fort : la technologie : « la robotique, la nouvelle technologie et l'intelligence artificielle sont autant d'outils qui peuvent nous permettre de maîtriser notre productivité et d'optimiser les itinéraires techniques dans un contexte de coûts croissants ».
L'événement a aussi permis d'associer les clients clés du marché français à ces réflexions. « Il est essentiel que nos clients comprennent les enjeux auxquels les producteurs sont confrontés », souligne Anouck Morin.
« Le monde a faim de pommes »
Si la consommation européenne recule, « 5,6 milliards de consommateurs potentiels » se trouvent en croissance sur d'autres continents comme l'Asie et l'Afrique. « Le monde à faim de pommes (…) Nous sommes convaincus qu'il y a une vraie opportunité en France et dans le monde pour la pomme française. Mais les producteurs français ont cruellement besoin des consommateurs du monde entier. La qualité française reste une valeur reconnue, mais seule, elle ne suffira peut-être pas. S'il est de notre devoir de toucher le cœur de nos consommateurs français, de leur offrir des fruits toujours plus goûteux et savoureux, nous visons aussi à satisfaire une demande croissante mondiale. Bien produire pour mieux nourrir l'humanité passera impérativement par l'intégration des fondamentaux de l'agriculture régénératrice ».
Entre génétique, biocontrôle, robotique et agriculture régénératrice, Blue Whale se projette dans un avenir par définition imprévisible, mais guidé avec assurance par des convictions fortes.
Pour plus d'informations :
Anouck Morin
Blue Whale
Tél. : +33 (0)5 63 21 56 56