Dans une lettre ouverte, les producteurs français (Cénaldi) et belges (Ingro, Unigrow et l'organisation flamande Boerenbond) de légumes destinés à l'industrie, conserve et surgelé, expriment leur colère face aux demandes de baisse de prix des industriels pouvant dépasser les 10 %. Une pression économique qui passe d'autant plus mal que les producteurs doivent faire face à de plus en plus de contraintes. Explications avec Bruno d'Hautefeuille, producteur et président du Cénaldi.
© Cénaldi
Le Cénaldi est l'Association nationale française des organisations de producteurs de légumes pour l'industrie : elle représente près de 4 000 producteurs, 60 000 ha et 700 000 t de légumes de plein champ, pour 250 M€ de chiffre d'affaires
« La raréfaction des moyens de protection pénalise nos rendements »
© CénaldiA l'instar des autres filières, les cultures de plein champ subissent également les aléas climatiques et sanitaires. Entre 2020 et 2024, les surfaces ont suivi une tendance baissière : -23 % pour les petits pois, -12 % pour le haricot, -45 % pour le flageolet, seuls les épinards affichant une légère hausse (+1 %), soit une moyenne de -13 % tous légumes confondus. « Les contraintes réglementaires qui pèsent sur l'ensemble de l'agriculture nous concernent tout autant que les autres secteurs », rappelle Bruno d'Hautefeuille. En cause notamment la raréfaction des moyens de protection des cultures qui pénalise les rendements et augmente les charges de main-d'œuvre. Car les alternatives disponibles aujourd'hui montrent leurs limites, obligeant les producteurs à multiplier les passages dans les champs. « On a observé en 2025 de vraies difficultés de désherbage en haricots suite à la disparition d'une molécule, ce qui a engendré des parcelles non récoltables, des difficultés au moment de la récolte avec des pertes notables de rendement, plus de déchets pour l'industriel avec un ralentissement de la cadence de l'usine, qui lui-même entraine des abandons de parcelles. »
A droite : Bruno d'Hautefeuille, président du Cénaldi
A ces questions de désherbage s'ajoutent la problématique des ravageurs. « La disparition de certains insecticides en 2026 va compliquer la lutte contre le puceron, vecteur de viroses sur le pois, pouvant occasionner des pertes de rendement de l'ordre de 30 %. Et en période de floraison, une forte pression de pucerons peut aussi provoquer une nécrose des fleurs », précise Bruno d'Hautefeuille. Des facteurs qui peuvent parfois se cumuler - avec la mouche du semis (surtout en haricots) responsable de pertes de plants - laissant certaines parcelles totalement non récoltables.
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Face à cette situation la filière ne ménage pas ses efforts et s'adapte : évolutions des pratiques, investissements (matériel de précision, désherbage mécanique, outils d'aide à la décision) mais également développement de pratiques alternatives pour limiter le recours aux intrants chimiques / Sur la photo : champ de pois
« L'indice des prix d'achat des moyens de production ne reflète pas l'ensemble des charges »
Si l'indice des prix d'achat des moyens de production se stabilise, il reste très supérieur à son niveau de 2020, avant l'envolée de l'inflation. Et surtout, il ne reflète pas l'ensemble des charges des exploitations, qui poursuivent leur progression : protection des cultures, salaires, assurance, comptabilité… et engrais. L'entrée en vigueur du MACF (Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières) en janvier 2026, qui taxe certains produits importés comme les engrais azotés majoritairement en provenance de l'Est, alourdit davantage les charges. « Or ces engrais sont essentiels pour maîtriser la fertilisation (fumure minérale) et ainsi assurer le développement des cultures légumières », précise le président du Cénaldi.
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Champ de carottes
Une demande industrielle en baisse
La demande industrielle en volume, déjà fortement orientée à la baisse en 2025, s'annonce à nouveau historiquement faible pour la campagne 2026. Une baisse qui s'explique par l'érosion de la consommation de légumes, « avec des logiques différentes selon les produits, les légumes en conserve étant davantage concernés que les légumes surgelés », précise Bruno d'Hautefeuille. En dépit de cette baisse, le Cénaldi rappelle que les producteurs acceptent d'accompagner leurs clients dans cette réduction, malgré l'impact à la hausse sur les charges de structures.
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Champ de haricots
Baisse de prix : « Les producteurs risquent de se détourner »
« L'objectif de cette lettre ouverte est de sensibiliser les industriels aux difficultés des producteurs. Ils doivent comprendre qu'ils ne peuvent pas répercuter les baisses de prix sur nos entreprises agricoles sans les mettre en danger », explique le président qui souligne néanmoins, que les industriels eux-mêmes subissent des pressions de la part des distributeurs. « Les industriels doivent à leur tour sensibiliser la GMS sur le risque de voir disparaître une filière déjà fragilisée. Car une baisse des prix des légumes de plein champ supplémentaire serait un très mauvais signal, les producteurs risqueraient de se détourner de cette culture au profit de productions moins risquées ».
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