Les mangues d'Afrique de l'Ouest font l'objet d'une attention particulière cette saison en raison d'un « nombre élevé de cas de non-conformité liés aux Tephritidae » (mouches des fruits), un organisme nuisible soumis à quarantaine dans l'Union européenne. Les interprofessions de la filière mangue dans la région tirent la sonnette d'alarme, redoutant un embargo sur leurs exportations vers l'UE, comme celui qui a touché l'origine malienne à la fin de la saison 2025.

Les mangues sénégalaises, dernières de la sous-région à arriver sur le marché, ne sont pas épargnées par ces inquiétudes. En février 2026, la Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire de la Commission européenne a adressé une lettre au cabinet du Premier ministre du Sénégal demandant « une réduction significative de la présence de mouches des fruits ». Le courrier précise également qu'« une surveillance accrue contribuera à maintenir de bonnes relations commerciales entre l'Union européenne et le Sénégal dans le commerce des mangues », tout en évoquant la possibilité d'une interdiction temporaire des exportations de mangues – voire d'autres fruits – du Sénégal vers l'Union européenne.
Selon Aminata Dominique Diouf, du Domaine Agricole du Nema, l'ambiance au sein de la filière est actuellement préoccupante. « La lettre de la Commission européenne a semé la panique chez les producteurs. Tout le monde espère éviter le scénario qui s'est produit au Mali à la fin de la saison précédente, ainsi qu'en Guinée », explique Aminata Dominique Diouf. « La saison à venir sera exceptionnelle et compliquée, car c'est toute la filière et l'image de l'origine sénégalaise qui seront sous les projecteurs. »

Aminata Dominique Diouf
Pour Aminata Dominique Diouf, les inquiétudes liées aux mouches des fruits ne sont pas nouvelles. « Le problème existe depuis des années. Certains acteurs sont irréprochables et investissent énormément dans la production, la sélection et le conditionnement pour éviter toute réclamation. D'autres producteurs, en revanche, sont plus laxistes. Pourtant, nous sommes tous dans le même bateau : le nombre de cargaisons interceptées n'a cessé d'augmenter, dépassant les 30 la saison dernière, ce qui a naturellement attiré l'attention des autorités sanitaires », souligne Aminata Dominique Diouf.
Sur le plan de la production, la situation est en revanche encourageante, indique Aminata Dominique Diouf. « Dans le centre du pays, qui est la zone la plus précoce pour la récolte, nous avons déjà dépassé le stade de la floraison et les fruits sont en cours de développement. La saison s'annonce prometteuse et nous anticipons de bons résultats, même si la situation sera plus claire à partir du mois d'avril », précise Aminata Dominique Diouf.

Les premières mangues d'Afrique de l'Ouest devraient arriver sur le marché dès la mi-mars avec les expéditions en provenance de Côte d'Ivoire, dans un contexte de demande soutenue lié aux performances décevantes des origines latino-américaines cette saison. Aminata Dominique Diouf commente : « Les mangues d'Afrique de l'Ouest sont particulièrement attendues sur le marché cette année. Nous anticipons une demande soutenue jusqu'à l'été, avec l'arrivée des mangues sénégalaises. Nous pouvons donc espérer sortir de cette situation délicate avec un marché rémunérateur et une image valorisée. »
Face à ces enjeux, Aminata Dominique Diouf appelle néanmoins la filière à redoubler de vigilance et à appliquer des normes plus strictes. « Des efforts importants ont déjà été réalisés, notamment avec la distribution de pièges à mouches la saison dernière. Mais les producteurs et les exportateurs doivent aussi agir de leur propre initiative pour s'attaquer à ce problème et, surtout, respecter les normes les plus strictes en matière de sélection et de conditionnement. Le problème persiste dans de nombreuses exploitations. La Commission européenne, qui reste notre principal marché, a clairement indiqué qu'elle appliquait une politique de tolérance zéro à l'égard des mouches des fruits », conclut Aminata Dominique Diouf.
Pour plus d'informations :
Aminata Dominique Diouf
Domaine Agricole du Nema
Tél. : +221 77 480 42 32
[email protected]