L'année 2025 restera comme un millésime exceptionnel pour la filière bananière colombienne. Les améliorations apportées aux pratiques de fertilisation et de drainage, combinées à un régime pluviométrique favorable au premier semestre, ont permis d'atteindre des niveaux de production inédits depuis trois décennies. La région d'Urabá s'est particulièrement distinguée, avec des gains de productivité dépassant 15 % par rapport à 2024. « 2025 a été une année spectaculaire pour le secteur bananier colombien », souligne Emerson Aguirre, président de l'Asociación de Bananeros de Colombia (Augura).
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Le début de l'année 2026 présente toutefois un tout autre visage. Le secteur doit actuellement faire face à des précipitations particulièrement intenses. « Nous avons enregistré des niveaux de pluie supérieurs à ceux observés au cours des vingt dernières années », explique Emerson Aguirre. Ces conditions ont provoqué des inondations dans les plantations ainsi que sur certaines infrastructures logistiques, entraînant des retards dans les expéditions. Selon les premières estimations d'Augura, environ 1 200 hectares auraient été touchés, tandis qu'un recensement est toujours en cours pour évaluer précisément l'ampleur des dégâts.
À ces difficultés climatiques s'ajoute la question du taux de change. « Après une année 2025 avec un dollar autour de 4 400 pesos, le taux est tombé à des niveaux proches de 3 620 pesos », indique Emerson Aguirre. Dans un contexte où l'inflation avoisine 6 % et où les coûts de main-d'œuvre augmentent, cette évolution exerce une pression supplémentaire sur la rentabilité des producteurs.
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Sur le plan social, Emerson Aguirre rappelle que la filière bananière colombienne se distingue par des niveaux de rémunération élevés. « Le salaire d'un travailleur de la banane est 1,8 fois supérieur au salaire minimum en Colombie », précise-t-il, soit environ 2,8 millions de pesos par mois. Par ailleurs, 92 % des travailleurs sont syndiqués dans le cadre des conventions collectives en vigueur.
© AUGURACôté débouchés, les principales destinations des bananes colombiennes demeurent l'Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis. La majorité des producteurs disposent d'une certification Fairtrade. Toutefois, Emerson Aguirre nuance l'impact de ce label : « Cela ne signifie pas que le marché achète tout ce qui est certifié Fairtrade », ce qui limite l'effet réel de la prime sociale.
La question des prix reste également au cœur des préoccupations du secteur. Bien que les ventes reposent en grande partie sur des contrats, les inondations actuelles constituent des cas de force majeure qui poussent les producteurs à demander des ajustements à la hausse. « Il n'est pas possible que, depuis vingt ans, la seule chose dont le prix n'ait pratiquement pas évolué soit la banane », déplore Emerson Aguirre, en comparant cette situation à celle d'autres fruits comme les oranges ou les pommes.
Selon lui, l'image du produit pèse aussi sur la valorisation du secteur. « La banane est un fruit de grande consommation et, malheureusement, elle a été étiquetée comme le fruit bon marché du supermarché », observe Emerson Aguirre, estimant que sa valeur devrait mieux refléter les exigences sociales, environnementales et de travail assumées par les producteurs.
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Enfin, la filière reste vigilante face au Fusarium Race 4 Tropical (Foc R4T). Depuis la première détection en 2019, environ 300 hectares ont été affectés sur un total de 53 000 hectares cultivés dans le pays. Pour Augura, la Colombie constitue aujourd'hui « un modèle mondial de confinement », même si Emerson Aguirre insiste : « Nous ne pouvons pas baisser la garde », notamment dans le contexte actuel d'inondations.
Dans une année 2026 qu'il qualifie d'« extrêmement difficile », le président d'Augura adresse un message clair aux marchés européens : « La meilleure façon d'aider est d'offrir un meilleur prix. »
Pour plus d'informations :
Emerson Aguirre
Asociación de Bananeros de Colombia (Augura)
Colombie
Tél. : +57 315 356 5815
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