Les exportateurs kenyans d'avocats ont lancé des expéditions tests limitées afin d'évaluer la capacité des fruits à atteindre les marchés internationaux dans des conditions commerciales acceptables. En cause : les perturbations persistantes en mer Rouge, liées au contexte géopolitique, qui pèsent sur la campagne 2026/2027.
Alors que les routes commerciales habituelles sont fortement perturbées et que certaines destinations, comme Dubaï, sont actuellement inaccessibles, le secteur aborde le début de saison avec prudence. Les dates officielles de lancement n'ont pas encore été fixées, même si des autorisations spéciales ont permis à certains producteurs disposant de fruits prêts à l'export de démarrer leurs expéditions.
« Ces expéditions tests nous donneront des indications précieuses sur le déroulement de la saison si la crise en mer Rouge se prolonge », explique Noor Yassin, directeur de l'exportateur Avochichi. « La demande semblait soutenue en début de campagne, mais depuis le déclenchement du conflit, les perspectives sont devenues beaucoup plus incertaines », ajoute Noor Yassin.
Les temps de transit se sont allongés vers plusieurs destinations clés, notamment l'Arabie saoudite, la Turquie et l'Europe. Dans le même temps, le marché des Émirats arabes unis est à l'arrêt. « Nous avons actuellement des commandes pour Dubaï que nous ne pouvons pas honorer, faute de solutions de transport, que ce soit par voie maritime ou aérienne », précise Noor Yassin.
Les envois tests en cours ciblent principalement la Turquie et l'Arabie saoudite. L'objectif est double : vérifier la viabilité des itinéraires maritimes via la mer Rouge et évaluer la tenue qualitative des fruits sur des durées de transport prolongées.
Les répercussions se font également sentir en aval. À Dubaï, le secteur de l'hôtellerie, fortement dépendant des importations, subit directement les conséquences de ces perturbations logistiques.
Le secteur garde en mémoire les difficultés rencontrées lors de précédentes crises. « En 2024, de nombreux exportateurs n'ont réalisé aucune vente. Certains ont fait faillite, y compris de grandes entreprises. D'autres ont continué à expédier malgré des délais très longs, mais la qualité à l'arrivée était insuffisante, entraînant des pénalités de la part des clients », rappelle Noor Yassin.
À ces contraintes s'ajoutent la hausse des coûts d'assurance, l'augmentation des taux de fret et le renforcement des exigences en matière de gestion de la qualité, qui pèsent lourdement sur les marges et la planification. Dans ce contexte, les opérateurs privilégient désormais la faisabilité logistique plutôt que la seule demande.
« Il ne sert à rien d'expédier des cargaisons si elles arrivent en mauvais état », insiste Noor Yassin.
Au fil des expéditions tests, les exportateurs analysent les résultats afin d'ajuster leurs stratégies d'approvisionnement et leur positionnement commercial pour la saison 2026/2027.
Source : FoodBusiness