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La pénurie de films plastiques retarde la reconstruction après la tempête

Les constructeurs de serres de la région de Souss Massa sous pression

La tempête qui a frappé la région du Souss-Massa, au Maroc, fin février, a provoqué des dégâts considérables sur les cultures et les infrastructures. Si aucun bilan officiel n'a encore été communiqué, les premières estimations évoquent des milliers d'hectares de serres détruits par des vents violents. Six semaines plus tard, de nombreuses structures restent encore à l'état de ruines, faute de matériaux disponibles. Firdaous El Barnossi, de l'entreprise de construction de serres Smidcom, dresse un état des lieux et revient sur les enjeux de résilience du secteur au Maroc.

© SoussMassa

Des dégâts généralisés, une reconstruction précipitée et une pénurie de plastique
Des vents dépassant les 100 km/h ont fortement endommagé les bâches plastiques des serres de type canarien sur une large partie de la région. Selon les producteurs, ce matériau constitue aujourd'hui le principal point de blocage. « La situation observée sur le terrain dans la région du Souss-Massa correspond à un schéma économique bien connu : une hausse soudaine et concentrée de la demande entraînant une pénurie. Suite à la tempête, une part importante des surfaces sous serre a nécessité un remplacement immédiat du film de couverture. À titre indicatif, un hectare de serre utilise en moyenne entre 1,3 et 1,8 tonne de film plastique, ce qui génère en quelques jours une demande supplémentaire de plusieurs milliers de tonnes », explique Firdaous El Barnossi.

L'urgence de la reconstruction s'inscrit dans les contraintes du modèle de production. « Dans ce type de situation, la demande est inélastique : les producteurs ne peuvent pas différer les réparations sans compromettre directement leur production, ce qui accentue mécaniquement la pression sur les délais et les prix. Cette situation pourrait affecter à court terme les cycles de production, notamment pour les cultures sensibles comme les fruits rouges et les légumes, en raison de l'exposition temporaire des plantes aux intempéries », poursuit Firdaous El Barnossi.

© SMIDCOM

Dans ce contexte, les capacités d'approvisionnement, qu'elles reposent sur les importations ou la production locale, sont fortement sollicitées. Firdaous El Barnossi souligne qu'il ne s'agit pas d'une pénurie structurelle, mais d'un déséquilibre ponctuel entre une demande exceptionnellement élevée et une offre peu flexible à court terme, dans un environnement international tendu.

« Avant la tempête, le prix du film plastique agricole se situait généralement entre 28 et 38 MAD/kg pour les produits importés, et entre 26 et 34 MAD/kg pour les films d'origine locale. Aujourd'hui, sous l'effet combiné de la demande exceptionnelle et des tensions sur la chaîne d'approvisionnement, les prix atteignent 40 à 60 MAD/kg pour les importations et 35 à 45 MAD/kg pour les produits locaux, selon les caractéristiques techniques. Cette hausse s'explique par plusieurs facteurs : pression immédiate sur la demande locale, rigidité de l'offre à court terme et répercussion directe des coûts internationaux sur le marché national », détaille Firdaous El Barnossi.

© Youness Bensaid | FreshPlaza.fr
Firdaous El Barnossi lors de l'édition 2025 de la Morocco Berry Conference

Ces tensions trouvent en partie leur origine dans le contexte géopolitique actuel, notamment au Moyen-Orient. Les granulés plastiques utilisés par les industriels marocains proviennent en grande partie de pays directement impactés, comme Arabie saoudite. Par ailleurs, les films agricoles sont issus du polyéthylène, un dérivé pétrolier. « Les tensions en mer Rouge et au Moyen-Orient perturbent les routes maritimes stratégiques, notamment le Canal de Suez, entraînant une hausse significative des coûts de transport et des retards logistiques », précise Firdaous El Barnossi.

Sur le terrain, ces hausses se répercutent directement sur les exploitations. « Par hectare, avec un besoin moyen de 1,5 tonne, une augmentation de 10 à 15 MAD/kg représente un surcoût de 15 000 à 25 000 MAD pour la seule bâche plastique, sans compter les autres composants ni les coûts de main-d'œuvre. À moyen terme, ces tensions sur les intrants se traduisent en partie par une hausse des coûts de production agricole, avec un risque d'augmentation des prix dans certaines filières », indique Firdaous El Barnossi.

© SMIDCOM

Les constructeurs de serres ont besoin de six semaines supplémentaires
Au-delà des pertes économiques, la remise en état des serres est freinée par le manque de matériaux, la disponibilité limitée de main-d'œuvre qualifiée et des contraintes logistiques. Selon Firdaous El Barnossi, les délais de restauration dépendent principalement de l'ampleur des dégâts structurels et de l'accès aux intrants. « Lorsque seules les bâches plastiques sont touchées, les réparations peuvent être réalisées dans des délais relativement courts », précise-t-elle.

Dans de nombreux cas cependant, les retards s'accumulent. Six semaines après la tempête, un délai supplémentaire équivalent est encore nécessaire pour un retour à la normale. « Dans le contexte actuel, le facteur limitant reste la disponibilité des ressources. Compte tenu des volumes à traiter et des contraintes logistiques, la remise en état globale pourrait prendre entre trois et six semaines, voire davantage pour les exploitations nécessitant des interventions complexes. Ce délai correspond essentiellement au temps nécessaire pour retrouver une chaîne d'approvisionnement fluide. Cela dit, le secteur agricole marocain a démontré à plusieurs reprises sa capacité d'adaptation, avec des opérateurs fortement mobilisés pour accélérer le retour à la normale », souligne Firdaous El Barnossi.

© SMIDCOM

Sur le terrain, la résilience des producteurs s'accompagne néanmoins d'un réel découragement. Certains estiment leur saison déjà compromise, tandis que d'autres attendent un soutien des pouvoirs publics. Beaucoup anticipent plusieurs mois avant de retrouver une activité normale.

« Au-delà de la situation conjoncturelle, cet épisode met en évidence une réalité plus profonde : la dépendance du secteur des serres aux intrants stratégiques importés », observe Firdaous El Barnossi.

« Le marché des films plastiques agricoles est relativement concentré à l'échelle mondiale, avec un nombre limité de producteurs de résine et de transformateurs. Cette concentration rend le secteur particulièrement vulnérable aux chocs simultanés, qu'ils soient climatiques, industriels ou géopolitiques. Par ailleurs, la production locale reste dépendante des importations de matières premières, ce qui limite sa capacité à absorber rapidement ces chocs. Les films techniques à haute performance, notamment ceux offrant une résistance mécanique accrue ou des traitements spécifiques, sont encore plus exposés en raison de chaînes d'approvisionnement spécialisées », ajoute Firdaous El Barnossi.

© SMIDCOM

Vers une nouvelle approche de la production sous serre ?
La question de l'évolution des modèles de serres n'est pas nouvelle dans la région du Souss-Massa. Depuis plusieurs années, les acteurs de la filière reconnaissent la nécessité de monter en gamme, au-delà des serres canariennes ou à faible technicité. Toutefois, cette transition reste contrainte par les exigences de compétitivité sur le marché international des produits frais.

Pour Firdaous El Barnossi, les événements récents constituent un signal fort. « Il ne s'agit plus seulement d'optimiser le coût initial des installations, mais d'adopter une approche en coût global intégrant la durabilité, la résilience face aux aléas climatiques et la capacité à limiter les pertes en cas d'événements extrêmes. Une serre moins coûteuse à court terme peut générer des coûts bien plus élevés sur le long terme si elle n'est pas adaptée aux contraintes du site. Cette situation devrait également conduire à un renforcement progressif des normes techniques, notamment en matière de résistance aux conditions climatiques », explique Firdaous El Barnossi.

© SMIDCOM

« Aucun dommage structurel n'a été enregistré dans nos serres »
Partisane de longue date de la modernisation des infrastructures, Firdaous El Barnossi reste consciente des contraintes économiques pesant sur les producteurs, même si certains ont déjà engagé leur transition vers des équipements plus performants. Dans un contexte de vulnérabilité accrue au changement climatique, elle insiste sur l'importance de la conception. « Un point fondamental s'impose : la performance d'une serre dépend avant tout de la qualité de sa conception », affirme Firdaous El Barnossi.

« Dans notre approche, nous intégrons dès la phase de conception des paramètres précis liés aux charges climatiques, notamment les charges de vent, avec des coefficients de sécurité adaptés aux conditions du centre et du sud du Maroc. Cette rigueur technique nous permet d'affirmer que nos structures ont conservé une excellente stabilité : aucun dommage structurel n'a été enregistré dans nos serres malgré l'intensité de la tempête. Cela confirme qu'un investissement en amont dans l'ingénierie constitue un levier essentiel pour réduire les risques et maîtriser les coûts sur le long terme », conclut Firdaous El Barnossi.

Dans un environnement marqué par une volatilité croissante — climatique, économique et géopolitique —, la résilience des infrastructures agricoles s'impose désormais comme un enjeu central. « Nous ne pouvons plus nous concentrer uniquement sur la production, mais devons également intégrer la gestion des risques. Au-delà de l'urgence de la reconstruction, la situation actuelle pose une question stratégique à l'ensemble du secteur : faut-il simplement reconstruire, ou repenser les normes pour mieux anticiper les crises à venir ? », conclut Firdaous El Barnossi.

Pour plus d'informations :
Ferdaous El Bernossi
Smidcom
Tél. : +212 661-459107
[email protected]

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