Le marché de la tomate traverse actuellement une phase atypique, où les repères saisonniers classiques ne suffisent plus à expliquer les dynamiques en cours. Dans les principales zones de production, l'offre progresse, mais les facteurs qui influencent son évolution une fois sur le marché se multiplient également. Les aléas climatiques du début d'année, les retards de plantation et des cycles de production irréguliers continuent de peser sur la disponibilité, alors même que les volumes augmentent. Les prix reculent dans certaines régions, se maintiennent ailleurs et, dans quelques cas, reflètent encore les tensions passées sur l'offre.
Parallèlement, le marché est fortement influencé par des facteurs exogènes. Les coûts de l'énergie, les politiques liées aux émissions de gaz à effet de serre et l'évolution des flux commerciaux modifient la compétitivité entre régions, tandis que les comportements de consommation continuent d'évoluer. Il en résulte un marché fragmenté, qui ne suit pas une tendance unique mais s'ajuste simultanément sur plusieurs plans, où le calendrier, l'origine et les modes de production jouent un rôle croissant dans la formation des prix.
© Viola van den Hoven-Katsman | FreshPlaza.fr
Italie : Les prix des tomates baissent après le pic de début avril
Après les niveaux élevés observés ces dernières semaines, les prix des tomates sont en repli. Un grossiste du marché de Milan indique que les volumes en provenance de Sicile, principale zone de production, sont en hausse. Le lundi 20 avril 2026, les tomates cerises se négociaient entre 3,50 et 4,00 €/kg, contre 6,00 €/kg deux semaines auparavant. Les tomates prunes s'échangeaient entre 4,50 et 5,00 €/kg, tandis que les tomates beefsteak atteignaient 3,00 €/kg. Les tomates en grappe de belle présentation et de qualité supérieure se vendaient autour de 2,00 €/kg. À titre de comparaison, la même catégorie en provenance des Pays-Bas était cotée à environ 2,50 €/kg. La tendance générale confirme ainsi un recul des prix après les sommets du début du mois d'avril.
Selon les données de YouGov, 92 % des ménages italiens achètent des tomates. La fréquence d'achat est également en hausse, avec plus de 20 actes d'achat par ménage et par an attendus d'ici février 2026. En revanche, les dépenses moyennes et les volumes par achat enregistrent un léger recul. Les supermarchés et les discounters restent les circuits les plus dynamiques, tandis que les hypermarchés, les spécialistes fruits et légumes et les marchés traditionnels affichent une légère érosion.
Allemagne : L'offre intérieure augmente malgré les retards
Fin mars et début avril, la récolte de tomates s'est intensifiée dans de nombreuses serres allemandes. Plusieurs producteurs ayant retardé leurs plantations en raison du coût élevé de l'énergie, les récoltes débutent toutefois à un stade plus avancé. Malgré un déficit d'ensoleillement en février, l'état des cultures est jugé globalement satisfaisant et les perspectives de rendement et de qualité restent positives. L'ensemble des variétés est désormais disponible pour la grande distribution.
Sur les marchés de gros, l'offre reste diversifiée avec des origines multiples : Pays-Bas, Belgique, Espagne, Turquie, Italie, France et Maroc. Ces deux dernières semaines, les prix ont évolué de manière contrastée, alternant hausses et baisses. Globalement, ils demeurent nettement supérieurs à ceux observés à la même période l'an dernier.
À plus long terme, la consommation de tomates en Allemagne suit une tendance haussière. Selon un producteur, les tomates cocktail et cerises locales gagnent en popularité, tout comme des variétés plus spécifiques telles que les tomates Cœur de bœuf.
Pays-Bas et Belgique : Un printemps sec soutient des niveaux de prix élevés
La première partie du printemps aux Pays-Bas a été marquée par des conditions sèches et ensoleillées, avec un ensoleillement supérieur à la moyenne et des précipitations limitées. Dans les serres non éclairées, la production progresse régulièrement, tandis que les cultures éclairées arrivent en fin de cycle. Avec l'augmentation du rayonnement solaire, le recours à l'éclairage artificiel diminue progressivement.
Les difficultés rencontrées par les origines importées soutiennent actuellement les producteurs locaux. Depuis début mars, les prix ont fortement augmenté et se maintiennent à des niveaux élevés. À la mi-avril, ils restaient nettement supérieurs à la moyenne des cinq dernières années, selon les données des ventes aux enchères de la Fédération belge des coopératives horticoles. Les producteurs soulignent toutefois la hausse des coûts de production, qui impacte la rentabilité selon les exploitations. Des écarts apparaissent également selon les segments : les prix des tomates rondes en vrac, par exemple, n'ont pas progressé en mars, selon la Commission européenne.
Au-delà de la production, le commerce de l'énergie représente désormais une part significative des revenus des serristes. En 2025, la vente d'électricité a compté pour environ 21 % du chiffre d'affaires d'une exploitation néerlandaise moyenne sous serre.
Malgré la hausse des coûts énergétiques, les producteurs néerlandais et belges ont maintenu un niveau élevé d'éclairage cet hiver, souvent via des systèmes LED. L'un des enjeux techniques majeurs reste l'obtention d'une coloration homogène des fruits, sujet de nombreuses recherches. Parallèlement, l'adoption de variétés résistantes au ToBRFV se poursuit, bien qu'elles présentent souvent une croissance plus végétative et une productivité légèrement inférieure aux variétés traditionnelles.
La tendance à l'agrandissement des exploitations se confirme. Le groupe Agro Care, notamment depuis sa fusion avec CombiVliet, reste le leader en superficie. D'autres acteurs poursuivent également leur expansion, avec de nouvelles serres en construction. En Belgique, la coopérative BelOrta fait état d'une baisse de 6 % des surfaces en 2026. Aux Pays-Bas, elles ont progressé de 180 hectares en 2025 pour atteindre 1 910 hectares. Les producteurs investissent également à l'international, notamment en Afrique du Nord, tandis que les contraintes réglementaires et les coûts freinent les projets nationaux.
Turquie : La croissance des exportations se poursuit grâce à un avantage concurrentiel En 2025, la Turquie a exporté pour 401,2 millions d'euros de tomates vers 51 pays. Sur la période janvier-mars, les recettes ont atteint 180,2 millions d'euros, en hausse de 11,8 % sur un an. La Roumanie est devenue la première destination, avec 42 766 tonnes exportées, suivie par la Russie (27 263 tonnes) et l'Ukraine (16 776 tonnes).
Les tomates turques bénéficient d'un positionnement solide à l'international, soutenu par la qualité, des pratiques de culture durables et des investissements dans les serres modernes. La demande européenne, notamment en Roumanie, ainsi que celle de marchés clés comme la Russie et l'Ukraine, soutiennent cette dynamique.
Le contexte géopolitique au Moyen-Orient contribue à renchérir les coûts de production en Europe, notamment pour les producteurs dépendants du gaz naturel. À l'inverse, la Turquie dispose de ressources géothermiques, lui conférant un avantage compétitif significatif, particulièrement dans la production sous serre.
France : Les prix baissent alors que l'offre augmente
Le marché français de la tomate est entré récemment dans une phase de correction, avec une baisse des prix observée depuis la semaine dernière, après plusieurs mois de niveaux élevés et stables. Cette situation s'explique en grande partie par la faible concurrence des origines étrangères, notamment l'Espagne et le Maroc, pénalisées par des conditions climatiques défavorables ayant réduit les volumes et dégradé la qualité.
Dans ce contexte, les tomates françaises ont bénéficié d'un positionnement favorable en rayon, sans forte pression concurrentielle. Globalement, le marché est resté tendu en début d'année, la demande dépassant légèrement l'offre. Malgré une bonne qualité, les volumes disponibles étaient limités, soutenant les prix.
Avec l'arrivée progressive de volumes supplémentaires, tant français qu'importés, le marché amorce un rééquilibrage. Cette hausse de l'offre entraîne logiquement une baisse des prix, dans une dynamique saisonnière classique.
Espagne : Les prix baissent après une hausse due à l'offre
Dans les principales zones de production espagnoles, notamment à Almería, la campagne a connu un tournant en mars. Avec la hausse des températures, les prix ont atteint jusqu'à 3 €/kg pour certaines variétés comme les tomates prunes, en raison d'un déficit d'offre inédit à des moments clés.
Cette situation résulte de maladies fongiques liées aux fortes pluies de janvier et février, ainsi que de la pression de ravageurs comme le ToBRFV. Les tempêtes et le froid du début 2026 dans le sud-est du pays ont également freiné la croissance des plants, réduisant fortement les rendements.
En mars, les volumes ont chuté de plus de moitié. L'offre était limitée non seulement en Espagne, mais aussi dans d'autres pays méditerranéens comme le Maroc et l'Italie, tandis que les Pays-Bas n'avaient pas encore atteint leur pleine production. La demande a largement excédé l'offre durant mars et avril. Toutefois, les prix ont récemment reculé, tout en restant à des niveaux relativement élevés.
Amérique du Nord : L'offre se resserre légèrement
Après les épisodes de gel en Floride en début d'année, l'offre se redresse légèrement mais reste inférieure à la normale. Les tomates rondes et Roma sont particulièrement concernées, avec des disponibilités limitées en Floride et au Mexique. Ce manque a entraîné un report de la demande vers les tomates Roma, y compris dans la restauration.
La situation devrait s'améliorer avec l'entrée en production de nouvelles zones, notamment en Géorgie et en Californie, attendue en juin.
Les tomates en grappe restent en revanche abondantes, principalement grâce aux volumes mexicains. Moins affectée par le gel, cette catégorie souffre actuellement d'un excès d'offre, entraînant une baisse des prix.
Parallèlement, la production sous serre de tomates en grappe (TOV) et beefsteak, notamment au Canada et au Mexique, a augmenté pour compenser le déficit global. Les prix des tomates beefsteak sous serre ont fortement progressé, passant de 10-15 € à environ 40-45 € par caisse.
Afrique du Sud : La transition saisonnière soutient la fermeté des prix des tomates
Les tomates d'été sud-africaines sortent d'une période difficile marquée par des vagues de chaleur dans la région du Cap et des pluies persistantes dans le nord. Un agent de marché municipal explique : « Au cours des deux derniers mois, nous avons observé une baisse de la qualité et des calibres plus petits. Depuis la semaine dernière, les volumes diminuent avec la fin de la saison dans le Cap occidental, tandis que les régions subtropicales du nord prennent le relais. »
Les plantations d'été, réalisées à partir de décembre, ont été affectées par des inondations, ce qui pourrait peser sur les volumes du début de l'hiver. « Plus tard dans la saison, en juillet et août, les volumes devraient être suffisants si les cultures actuelles ne subissent pas de nouvelles perturbations climatiques. »
Les prix restent fermes, entre 1 et 1,3 €/kg pour les tomates Roma et saladettes, et autour de 1,7 €/kg pour les tomates rondes, des niveaux permettant aux producteurs de préserver leurs marges. Le long week-end à venir devrait par ailleurs soutenir la demande.
Maroc : la croissance des exportations tirée par les tomates segmentées
Les exportations marocaines de tomates ont atteint un nouveau record lors de la campagne 2024/2025, avec des volumes expédiés s'élevant à 745 000 tonnes. Cela représente une hausse de 80 % sur les dix dernières années, positionnant solidement le pays comme le troisième fournisseur du marché européen, derrière l'Espagne et les Pays-Bas. La campagne 2025/2026 est toutefois marquée par des conditions climatiques difficiles, et les exportations devraient être légèrement inférieures à celles de la saison précédente. Cette croissance repose en grande partie sur une transformation de l'offre produit. Les tomates segmentées — telles que les tomates cerises, les mini-prunes et les variétés de spécialité — représentent désormais près de 59 % des volumes exportés.
« La véritable transformation du secteur réside dans son orientation vers le haut de gamme. Il ne s'agit plus seulement de volume, mais de valeur et de différenciation », explique un opérateur de la région du Souss-Massa. Avec plus de 400 000 tonnes exportées et une progression de 35 % au cours des deux dernières années, les tomates segmentées constituent désormais le principal levier de compétitivité du Maroc.
La France reste de loin la première destination des tomates marocaines, absorbant plus de la moitié des exportations. Ce chiffre doit toutefois être nuancé : Perpignan joue avant tout un rôle de hub logistique, une part importante des volumes étant ensuite réexportée vers l'Allemagne, la Scandinavie, l'Autriche et d'autres marchés d'Europe du Nord. Selon les données de l'AMI, la part de l'Allemagne a ainsi doublé au cours des cinq dernières années, passant de 9 % à 18 %. En tenant compte des flux de réexportation via la France, on estime que le Maroc fournit désormais environ 50 % des tomates cerises commercialisées sur le marché allemand.
Semaine prochaine : l'asperge