Des camions sur la route plutôt que la ligne Perpignan-Rungis

Voilà plusieurs mois que la ligne de train acheminant des fruits et légumes au cœur de l’agglomération parisienne – entre 1200 et 1400 tonnes par jour convoyées de Perpignan jusqu’à Rungis – a été interrompue. L’état des wagons frigorifiques vieux de 40 ans ne garantissait plus les conditions de sécurité et de maintien du froid requises. Alors qu'aucun accord entre la SNCF et les deux sociétés responsables du chargement du train n'a pu être conclu, les wagons sont stationnés à la gare de triage de Nîmes dans le Gard. Une gare « cimetière » selon les cheminots.

« La SNCF et le gouvernement se renvoient la balle. Ils n’ont rien fait depuis des années pour rénover et personne ne veut payer aujourd’hui. Politiquement, ils ne peuvent assumer de supprimer un train et de le remplacer par des milliers de camions », analyse Thomas Portes, cheminot et animateur du collectif Sauvons le Perpignan-Rungis et responsable national du PCF. « C’est 44 tonnes de CO2 supplémentaires dans l’air à chaque convoi de camions qui remplacent le train. Si on veut lutter contre le réchauffement climatique il faut refaire circuler ce train le plus rapidement possible ! » La disparition de plus d’une centaine d’emplois est également en jeu.

Aujourd’hui, le transport ferroviaire de denrées perd de la vitesse : 138 000 tonnes annuelles sont expédiées par rail sur un total de 1,76 million de tonnes, soit à peine 8 %. En effet, le transport routier bénéficie d’une exonération partielle de la taxe intérieure sur les produits pétroliers et ne paie pas les infrastructures – autoroutes mises à part – un opérateur de train, lui, doit louer la voie ferrée sur laquelle il fait circuler son train. « Sans intervention de l’État et de son opérateur ferroviaire, la SNCF, le secteur privé choisira le camion, la pollution et la rentabilité », explique Jean-Luc Gibelin, vice-président du conseil régional d’Occitanie (PCF) en charge des transports.

La CGT estime que l’État pourrait aider l’entreprise dont il est propriétaire. Elle propose de flécher 6 milliards d’euros des recettes de la taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques (TICPE) pour financer la rénovation du réseau ferré. Le collectif « Sauvons le Perpignan-Rungis » demande aussi à ce que la ligne soit décrétée d’intérêt national, et gérée par la branche fret de la SNCF.

Le gouvernement, par la ministre Elisabeth Borne, a promis sa réouverture afin d’éviter la pollution de milliers de camions sur les routes. Cependant, « le gouvernement s’était engagé à réaliser un audit mais il ne l’a même pas fait », déplore Thomas Portes. « La rénovation est estimée à 25 000 euros par wagon. Sans révision, le Perpignan-Rungis ne repartira pas en novembre. C’est honteux. » Sans opérateur, sans chargeur, sans audit et sans wagons fonctionnels, un redémarrage au 1er novembre semble impossible.

La CGT cheminots prévoit une initiative le 31 octobre sur la plateforme du marché de Rungis. « On ne lâchera pas. Il faut maintenant que les gens s’emparent de cette question. La SNCF et le gouvernement nous regarderont différemment s’il y a une mobilisation citoyenne d’ampleur. » Rappelons que l’ouverture à la concurrence s’étendra de manière obligatoire aux lignes grande vitesse en 2020 puis en 2023 au transport régional.

 


Source : bastamag.net


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