Début décembre, à la veille de l'ouverture des négociations commerciales, les parties prenantes avaient annoncé la signature d'une charte destinée à apaiser leurs relations, historiquement tendues. (lien article). Presque 2 mois plus tard, Pact'Alim, représentant des PME et ETI françaises de l'alimentation dont les secteurs Salades et végétaux frais prêts à l'emploi et les aliments en conserves et surgelés, dresse un constat plutôt amer, « très loin des objectifs affichés ».
« Des pratiques de négociation inchangées, voire dégradées »
Selon un sondage mené par Pact'Alim, 80 % des entreprises indiquent ne constater aucun changement, voire une dégradation, dans le comportement des acheteurs, par rapport aux campagnes précédentes. Si la charte permet une légère amélioration de certaines pratiques comme les plages horaires ou le nombre de rendez-vous (25 % des répondants), « les négociations restent fortement marquées par :
- des demandes de baisses de prix systématiques, largement décorrélées des évolutions réelles des matières premières agricoles et industrielles. Là où les fournisseurs ont adressé des demandes de hausse de l'ordre du 2,5% en moyenne, les distributeurs ont demandé des déflations dans 85% des cas, à hauteur de -2,5 à -5% dans les deux tiers des cas.
- des pressions persistantes, incluant des menaces de déréférencement, des déréférencements des drives, des demandes d'avantages sans contreparties…
- une échéance du 15 janvier très largement non respectée pour les PME :
La charte prévoyait la finalisation des négociations avec les PME au plus tard le 15 janvier, afin de tenir compte de leurs contraintes spécifiques. Or, à cette date, seules 20 à 30 % des PME indiquent avoir finalisé leurs négociations à l'échelon national, laissant une large majorité des entreprises toujours en discussion, dans un climat d'incertitude et de forte pression économique », indique le communiqué de Pact'Alim.
« Des négociations déséquilibrées, marquées par des baisses de prix imposées et le non-respect des principes des lois Egalim menacent directement l'équilibre économique des transformateurs nationaux des filières agricoles et de la pêche, à un moment ou toute l'agriculture est en crise. C'est notamment le cas pour la sanctuarisation des matières premières agricoles (MPA) dont le principe n'est plus respecté. Ce principe devrait normalement se traduire par une hausse des prix au moins équivalente à la hausse des coûts de ses MPA ».
Le mois et demi restant avant la conclusion des négociations commerciales (1er mars) doit être l'occasion pour la distribution de prendre conscience de cet enjeu et de s'engager pleinement dans la reconquête de notre souveraineté alimentaire pour soutenir l'effort de guerre agricole qui se prépare.
Les chartes ne suffisent pas
« Pact'Alim prend acte des échanges intervenus lors du Comité de suivi, mais rappelle que les chartes, à elles seules, ne peuvent se substituer au respect effectif du droit et à des pratiques commerciales responsables.
Pact'Alim appelle les pouvoirs publics et les acteurs de la distribution à faire de la souveraineté alimentaire une priorité absolue, notamment par : un respect strict et effectif des lois Egalim, en particulier sur la sanctuarisation de la matière première agricole ; un traitement particulier des premiers et deuxièmes transformateurs des filières agricoles et de la pêche, en particulier des PME et ETI ; et une évolution profonde des pratiques de négociation autour de l'alimentation capable de restaurer notre destin agricole et agro-alimentaire ».
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