Banane tricolore : l’IT2 et le CIRAD travaillent sur de nouvelles variétés résistantes

Jusque-là épargnées par la TR4, qui a déjà touché de nombreuses exploitations de bananes à travers le monde, la Guadeloupe et la Martinique prennent les devants face à cette menace grandissante. Des essais visant également à éradiquer la cercosporiose noire, un champignon très présent sur les deux îles, sans oublier les maladies post récolte qui s’illustrent notamment durant la phase de fret maritime. Mais pas seulement, car dans ce contexte de réchauffement climatique la filière Bananes de Guadeloupe et de Martinique veut repenser ses modes de sélection pour des variétés plus « rustiques ». 

A l’origine de ces essais variétaux, le CIRAD et L'Institut Technique Tropical (IT2) qui travaillent main dans la main, actuellement sur 3 nouvelles variétés. Un défi de taille surtout sur l’aspect commercialisation. Alors que le CIRAD crée et sélectionne la variété, l’IT2 lui se charge de la phase expérimentale chez les producteurs pour évaluer le comportement de la variété (technique et pratiques culturales).  

C’est sur l’exploitation de Jean-Louis Butel avec Jacques Suzanon, directeur d’exploitation à Saint-Sauveur en Guadeloupe, que Frédéric Salmon, chercheur au CIRAD, Mathieu Lechaudel, physiologiste Qualité des fruits au CIRAD et Esther Hatil, technicienne amélioration variétale et systèmes de culture innovants à l’IT2 détaillent les différentes étapes du processus et expliquent où en sont les essais. 

De nouvelles variétés résistantes Cercosporiose noire et TR4 en phase de test 
964, 965, 966 : c’est le nom des 3 variétés actuellement en phase expérimentale en Guadeloupe. Plantées il y a un an, elles entament leur 2e cycle. « Le croisement a été fait en 2010 », indique Frédéric Salmon. « Entre la phase d’hybridation en station et le moment où la variété sera proposée au producteur il peut se passer entre 10 et 12 ans ». Des variétés résistantes TR4 et cercosporiose noire, mais pas que. La filière cherche aussi à remédier aux maladies post récoltes qui surviennent lors notamment durant le fret maritime. Si la résistance à la cercosporiose noire peut être testée directement dans les champs, la TR4, elle est testée en condition contrôlée sous serre à Montpellier – stade vitro plant. Les variétés sont testées dans le cadre du projet DIVAC : un producteur LPG (Les Producteurs de Guadeloupe) et deux producteurs appartenant au GDA Bio Guadeloupe. 

Car à l’inverse de la Cavendish, qu’on ne présente plus, ces 3 variétés en phase expérimentale sont des « variétés ancestrales autrement dit des variétés qui ont encore la capacité de produire des graines. Pour créer, nous avons besoin de partir de variétés fertiles pour pouvoir produire une descendance diversifiée. L’avantage de notre système d’amélioration, poursuit Frédéric Salmon, c’est que nous pouvons sélectionner des variétés multirésistantes grâce au phénotypage. On va transmettre des paquets de gênes des parents à la descendance pour ensuite observer le comportement au champ. »   


L’objectif à terme est que ces variétés soient intégrées dans des systèmes agroécologiques. Qui dit résistance dit réduction des intrants. Jacques Suzanon entouré de Jacques Louisor de l’IT2 et Frédéric Salmon du CIRAD 

Une coopération internationale : la filière s’organise contre la TR4 
C’est d’abord en Australie que des créations de variétés plus anciennes, résistantes ont été testées en laboratoire (conditions contrôlées) ainsi qu’en champ. Des variétés toujours en phase de test puisque possiblement non adaptées pour l’export. Aujourd’hui c’est au tour de la Colombie, nouvelle victime de la fusariose, de tester ces variétés résistantes « Pour voir si la résistance perdure et si elles sont adaptées aux marchés local et régional Colombiens. Dans le cadre de l’essai que nous effectuons en Colombie, nous travaillons en coopération avec le centre de recherche AGROSAVIA en condition non infestée et dans des zones infestées pour voir si les variétés résistent bien. »

Mais c’est aussi la mise en place d’un réseau d’évaluation internationale – réseau INTERDOM - avec des variétés déjà plantées sur l’île de La Réunion, des variétés qui seront destinées au marché interne.  « Nous ne sommes pas dans le même contexte maladie, puisque la cercosporiose n’est pas la même que celle que nous avons ici. » 

Productivité, commercialisation et goût   
Au-delà de l’aspect résistance, l’enjeu est également d’avoir des variétés productives et qui peuvent être commercialisées. « Nous savons faire des variétés résistantes et surtout qui cumulent les résistances. Mais la difficulté réside dans la commercialisation de ces variétés et davantage concernant le marché export qui impose beaucoup de contraintes. »  Ces trois nouvelles variétés ont été testées en conditions contrôlées pour observer leur comportement vis-à-vis de la commercialisation, du transport : combien de temps vont-elles se conserver ? Résistent-elles bien à la manipulation ? Y a-t-il un brunissement ou des meurtrissures ? « Autant de questions auxquelles nous devons avoir des réponses donc nous testons et dans ces 3 variétés nous en avons déjà qui répondent à ces critères mais en condition laboratoire. Donc maintenant le challenge c’est de les tester en conditions réelles ! ». 

Un autre défi de taille : séduire les consommateurs ! « Nous avons déjà réalisé des tests avec un panel dégustation en interne, puis lors de manifestation sur l’île. Les retours ont été extrêmement positifs en ce qui concerne le goût.


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