Pour la troisième année consécutive, la filière prune a présenté ses prévisions de récolte au salon medFEL. Après avoir annoncé en 2024 son intégration à la démarche Vergers écoresponsables, la prune française entame cette année sa première campagne sous ce label.
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Un potentiel estimé entre 56 000 et 58 000 tonnes pour le marché du frais en 2026
Après une production 2025 normale sur les variétés de juillet, et parfois marquée par une surcharge sur celles d'août (TC Sun, Grenadine), les retours à fleurs étaient bons cette année, même si certaines parcelles très chargées, notamment en Grenadine, ont pu présenter un phénomène d'alternance. La floraison s'est déroulée dans des conditions plutôt favorables pour la majorité des variétés, à l'exception d'African Rose, qui a fleuri bien avant les autres pendant une longue période pluvieuse. Les floraisons suivantes ont été plus étalées, avec un décalage important entre variétés précoces et tardives.
« Nous n'avons pas été affectés par un gel de printemps ni par un aléa climatique majeur, ce qui nous amène à envisager une récolte suffisamment présente », indique l'AOPn Prunes. « Nous avons également une trajectoire de calibres très favorable et une avance sur la qualité organoleptique. »
Au niveau national, le potentiel est estimé entre 56 000 et 58 000 tonnes pour le marché du frais, contre 54 000 à 58 000 tonnes en 2025. Dans le détail, le Sud-Ouest se situe autour de 90 % d'une année normale, le Grand Est (Lorraine) entre 70 et 80 % en raison d'un phénomène d'alternance lié à la surcharge de 2024, tandis que le Sud-Est affiche un potentiel de 100 %, avec une qualité jugée satisfaisante.
« On s'oriente vers une campagne proche du potentiel, avec de la qualité au rendez-vous ».
Des besoins de prix d'achat à la hauteur des efforts en production
Face aux attentes du marché et aux exigences croissantes des consommateurs, la filière prune a fortement investi ces dernières années : adaptation des pratiques culturales au changement climatique, efforts d'organisation pour limiter la volatilité des prix, rénovation des vergers, modernisation des stations fruitières, innovation variétale, ou encore développement des démarches qualité et RSE. « Le travail en amont a été fait ! », résume l'AOPn, qui souligne également l'implication de l'aval : « Depuis quelques années, la distribution joue globalement le jeu. Dès le début de la récolte française en juillet, on observe une bascule rapide vers l'origine France, malgré la présence de l'Espagne, plus précoce. Nous remercions la grande distribution, les détaillants et les grossistes de mettre en avant l'origine France. »
Si les campagnes 2024 et 2025 ont « globalement permis de rémunérer les maillons de l'amont à peine à la justesse de leurs efforts continus », la filière appelle à poursuivre cette dynamique en 2026, dans un contexte de forte hausse des coûts de production. « Depuis 2024, nous faisons face à une augmentation significative des coûts, qu'il s'agisse de l'énergie, des engrais, de la logistique ou du transport, avec une hausse estimée aujourd'hui à plus de 15 % », précise l'organisation. « Tous les leviers ont été activés et toutes les économies d'échelle possibles ont été réalisées. Il n'y a pas cinquante solutions pour préserver la rentabilité et maintenir un outil pérenne », insiste-t-il. À titre d'exemple, pour une prune rouge calibre 50 en colis de 5 kg départ station, « la construction de la campagne 2026 nécessitera que les premières mises en marché se négocient sur une base de prix d'achat autour de 2,07 €/kg ».
Passer de l'achat d'impulsion à l'achat programmé
La visibilité constitue « le maître mot d'une campagne réussie », prévient l'AOPn. Une visibilité qui repose en grande partie sur le travail de la distribution pour mettre le produit en valeur. « Il nous faut de la visibilité en rayon, suffisamment de mètres carrés sur l'étalage et, en même temps, un rayon attractif », explique l'AOPn. « Il y a la possibilité de faire de très beaux linéaires, avec de belles présentations qui donnent envie aux consommateurs d'acheter, via la théâtralisation par exemple. » La prune offre en ce sens de réelles opportunités pour dynamiser le rayon. « Nous avons également l'opportunité de rendre le rayon prune attractif grâce à deux fleurons qualité — l'IGP Mirabelle de Lorraine et le Label Rouge Reine-Claude —, à une segmentation du rayon autour de quatre couleurs, mais aussi à une segmentation orientée vergers écoresponsables ou encore par marque. »
Une attractivité d'autant plus nécessaire que la prune reste aujourd'hui un achat d'impulsion. « L'objectif est de transformer petit à petit cet achat d'impulsion en achat programmé », souligne l'AOPn.
Partenariat signé avec la Coopérative U
L'AOPn Prunes a également annoncé, ce matin, la signature d'un accord de partenariat avec Coopérative U. Celui-ci prévoit notamment un approvisionnement en prunes françaises à hauteur de 95 %, dont 80 % issues de Vergers Écoresponsables. L'engagement porte également sur la mise en avant du produit, tant côté AOPn que côté distributeur, à travers la théâtralisation du rayon et un travail sur les couleurs et les saveurs.
« Les échanges ont été très constructifs lors du Salon de l'Agriculture. Nous nous sommes demandé comment montrer notre engagement auprès de cette filière. Donc il nous a semblé logique de devenir partenaire de cette démarche : il y a une co-construction et un co-engagement, c'est ce qui nous a plu », explique Jeff Mahintach, directeur filière Fruits et Légumes Coopérative U.
L'AOPn Prunes regroupe 36 opérateurs adhérents (organisations de producteurs et metteurs en marché) avec 8 nouvelles adhésions en 2025. Elle représente 30 000 tonnes de prunes destinées au marché du frais, soit 60 % de la production nationale, réparties sur trois bassins de production : Sud-Ouest, Sud-Est et Grand Est.